Catacombes de Saint Calixte
Les catacombes de Rome sont d’anciens réseaux souterrains qui servaient de cimetières pour les communautés juives et chrétiennes. Parmi elles, celles de Saint-Calixte se distinguent par leur taille et leur importance : 15 hectares de terrain, près de 20 kilomètres de galeries réparties sur plusieurs niveaux, et des points qui descendent à plus de 20 mètres sous la route. Elles se trouvent sur la droite de la Via Appia Antica, juste après la petite église du « Quo Vadis ».
Pourquoi des catacombes ?
Au Ier siècle, les chrétiens de Rome n’avaient pas de cimetière à eux. Ceux qui possédaient un terrain y enterraient leurs morts, les autres recouraient aux nécropoles communes où reposaient aussi les païens, et c’est pour cette raison que saint Pierre a été enterré dans la nécropole du Vatican, ouverte à tous. Le basculement se produit dans la première moitié du IIe siècle : à la faveur de concessions et de donations, les chrétiens se mettent à enterrer leurs morts sous terre. Beaucoup de ces cimetières grandissent autour de tombes de famille dont les propriétaires, fraîchement convertis, les ouvrent à leurs frères dans la foi. Les noms de Priscille, Domitille, Prétextat ou des cryptes de Lucina viennent de ces bienfaiteurs. Saint-Calixte illustre le cas inverse, celui où l’Église a pris directement en main l’organisation et l’administration du lieu.
L’édit de Milan, promulgué par Constantin et Licinius en février 313, met fin aux persécutions, mais les catacombes continuent de servir de cimetières jusqu’au début du Ve siècle. Entre 400 et 800, elles deviennent de véritables sanctuaires de martyrs, parcourus par des pèlerins qui gravent leurs invocations sur les enduits et s’aident de petits itinéraires, de vrais guides de visite. Les invasions gothiques et lombardes, puis le transfert des reliques vers les églises de la ville à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, sonnent la fin : les catacombes sont abandonnées, à l’exception de trois d’entre elles, et leurs entrées disparaissent sous les éboulements et la végétation. L’exploration reprend des siècles plus tard avec Antonio Bosio (1575-1629), surnommé le « Colomb de la Rome souterraine », puis la fouille méthodique de Saint-Calixte est menée par Giovanni Battista de Rossi (1822-1894), considéré comme le père de l’archéologie chrétienne. Tout cela est raconté en détail sur le site officiel des catacombes.
Le cimetière officiel de l’Église de Rome
Le site porte le nom du diacre Calixte, chargé au début du IIIe siècle par le pape Zéphyrin d’administrer le cimetière : Saint-Calixte est alors devenu le cimetière officiel de l’Église de Rome. On estime qu’environ un demi-million de chrétiens y ont été enterrés, parmi lesquels des dizaines de martyrs et seize pontifes.
Le complexe appartient à l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (A.P.S.A.). La garde et la conservation sont confiées à la Commission pontificale d’archéologie sacrée, et depuis 1930 l’accueil des pèlerins et les visites guidées sont assurés par les Salésiens de Don Bosco.
À l’air libre, au-dessus des galeries, se dressent deux petites basiliques à trois absides, dites « Tricore ». Dans la basilique orientale reposent probablement le pape Zéphyrin et Tarcisius, le jeune martyr de l’Eucharistie.
La crypte des Papes
C’est le lieu le plus sacré du site, et sa découverte, en 1854, a fait la réputation de Giovanni Battista de Rossi : il l’a baptisée « le petit Vatican, le monument central de toutes les nécropoles chrétiennes ». La salle est née à la fin du IIe siècle comme cubicule privé, avant d’être transformée en crypte et de devenir le sépulcre des papes du IIIe siècle. Rectangulaire, elle comptait quatre niches pour sarcophages et six loculi de chaque côté, soit seize sépultures, plus une tombe monumentale au fond. Neuf papes et huit évêques du IIIe siècle y ont été déposés.
Les plaques originales de cinq papes sont fixées aux murs, brisées et incomplètes. Leurs noms sont écrits en grec, selon l’usage de l’Église de l’époque ; sur quatre d’entre elles figure la mention « episcopos », évêque, car le pape était le chef de l’Église de Rome, et sur deux l’abréviation MTR, pour martyr. Parmi les noms retrouvés : Ponziano (230-235), exilé en Sardaigne et condamné aux travaux forcés, dont la dépouille a été ramenée plus tard à Saint-Calixte ; Antérote (235-236), dont les 43 jours de pontificat se sont passés en prison ; Fabien (236-250), qui a divisé la ville en sept régions ecclésiastiques et a été décapité sous Dèce ; Lucius Ier (253-254), huit mois de pontificat ; Eutichien (275-283), le dernier enterré dans la crypte. Le plus célèbre reste Sixte II (257-258), surpris par les soldats de Valérien le 6 août 258 alors qu’il présidait une liturgie dans ce cimetière même : il a été décapité sur place avec quatre de ses diacres.
Au IVe siècle, le pape Damase a transformé la crypte en lieu de culte, percé deux puits de lumière dans le plafond et fait poser des colonnes soutenant un linteau chargé de lampes et de croix. Devant la tombe de Sixte II subsiste la plaque qu’il a fait graver, un poème latin en hexamètres qui commence ainsi : « Si tu le cherches, sache qu’ici repose unie une troupe de Bienheureux. » Damase termine en avouant qu’il aurait aimé y être enseveli, mais qu’il a craint de troubler les cendres des saints.
La crypte de Sainte-Cécile
Une grande niche ouverte dans le mur de gauche a abrité le sarcophage de Cécile, matrone romaine de famille noble martyrisée au IIIe siècle, jusqu’en 821 : cette année-là, le pape Pascal Ier a fait transporter le corps à Trastevere, dans la basilique qui lui est dédiée. Elle a été vénérée ici pendant au moins cinq siècles. La statue placée dans la niche est une copie de l’œuvre de Stefano Maderno (1566-1636), sculptée en 1599 lors de la reconnaissance de la dépouille. Le sculpteur l’a représentée dans la position exacte où le corps a été retrouvé, en insistant sur l’entaille de l’épée au cou et sur les doigts : trois ouverts dans la main droite, un seul dans la gauche, ce que la tradition lit comme la Trinité et l’Unité.
Autour, les mosaïques et les peintures d’origine ont en grande partie disparu. Il reste, près de l’emplacement du tombeau, une Cécile en orante, et sous elle, dans une petite niche, le Christ Pantocrator tenant l’Évangile, accompagné du pape martyr Urbain, son contemporain. Dans l’ébrasement du puits de lumière figurent la croix entre deux brebis et trois martyrs, Policame, Sébastien et Quirin. On conserve aussi dans la crypte de nombreuses inscriptions, dont celle de Settimio Frontone, de rang sénatorial, en grec, datée du IIIe siècle : « Moi, Settimio Frontone Pretestato Liciniano, serviteur de Dieu, je repose ici. Je ne me repentirai jamais d’avoir vécu honnêtement. Je te servirai aussi dans le ciel, et je rendrai grâce à ton nom. J’ai rendu mon âme à Dieu à 33 ans et 6 mois. »
Les cubicoli dei Sacramenti
Après les grandes galeries tapissées de loculi, cinq petites salles, de véritables tombes de famille, forment les « cubicoli dei Sacramenti ». Leurs fresques, peintes au début du IIIe siècle, évoquent symboliquement les sacrements de l’initiation chrétienne, baptême et eucharistie. Sur le mur du fond du cubicule A2 se trouve la plus ancienne scène connue du baptême d’un catéchumène : le prêtre, en tunique et pallium, pose la main droite sur la tête du baptisé, les pieds dans l’eau. L’eucharistie est figurée par la multiplication des pains et des poissons, composée de la même manière d’un cubicule à l’autre, sept convives autour d’une table où sont posés des plats de pains et de poissons, encadrés de corbeilles. Dans tous ces cubicules apparaît le prophète Jonas, le préféré des premiers chrétiens, à la fois symbole de l’appel adressé à tous les hommes et figure de la résurrection.
Le décor obéit à une grammaire de signes que l’on retrouve dans toutes les catacombes : le Bon Pasteur portant la brebis, l’orante aux bras ouverts, le monogramme du Christ formé du chi et du rhô grecs, et le poisson, ichtys, dont les lettres forment l’acrostiche « Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Le site officiel résume la chose d’une jolie formule : symboles et fresques forment comme « un évangile en miniature ».
En sortant de la galerie des cubicules commence la « scala dei Martiri », creusée vers le milieu du IIe siècle et qui conserve encore des marches d’origine. Les papes enterrés dans la crypte voisine y passaient, et la tradition veut que le jeune Tarcisius l’ait descendue lui aussi.
La crypte de Lucina et les autres régions
La crypte de Lucina est l’un des noyaux les plus anciens du cimetière : le pape Corneille, mort martyr en 253, y a été enseveli. Dans un cubicule voisin se trouvent quelques-unes des plus anciennes fresques des catacombes romaines, peintes entre la fin du IIe et le début du IIIe siècle, avec un Bon Pasteur entouré d’orants au plafond et, sur le mur du fond, deux poissons portant une corbeille de pains. Le reste du cimetière se répartit en plusieurs régions, dont celles dites du pape Milziade et de saint Gaïus et saint Eusèbe.
Informations visites
La réservation en ligne est obligatoire, et la visite se fait uniquement en groupe guidé, à partir de deux personnes, accompagné d’un collaborateur des catacombes.
Le site est ouvert du lundi au dimanche de 9h à 12h et de 14h à 17h, fermé le mercredi ; la billetterie ferme à 16h50 et la dernière visite guidée part à 12h le matin et à 17h l’après-midi. Les catacombes ferment aussi le 1er janvier, le 25 décembre et le dimanche de Pâques, et des fermetures exceptionnelles sont annoncées sur la page d’accueil du site officiel et sa page Facebook.
Les visites guidées durent environ 40 minutes et partent toutes les 30 minutes en italien, anglais, français, espagnol et allemand, d’autres langues étant proposées sur demande.
Côté tarifs, comptez 10 € en plein tarif et 7 € en tarif réduit (7 à 16 ans, groupes scolaires, étudiants en archéologie, architecture, histoire de l’art ou biens culturels jusqu’à 25 ans, prêtres et religieux), la gratuité s’appliquant jusqu’à 6 ans et pour plusieurs autres catégories. En passant par le canal de réservation officiel, les billets reviennent à 12 € et 9 €, les 2 € de frais de réservation inclus. Ils ne sont pas remboursables.
Sous terre, il fait environ 16 °C avec une forte humidité : une veste, même en été, n’est pas superflue. Le parcours comporte une cinquantaine de marches irrégulières à la descente, autant à la remontée, sans ascenseur ni endroit où s’asseoir ; la visite est déconseillée aux personnes qui marchent difficilement ou qui souffrent de claustrophobie, et impossible en fauteuil roulant. Photographies et vidéos sont interdites, comme les bagages, les poussettes, la nourriture, les boissons et les animaux.
Pour y aller, l’adresse est Via Appia Antica 110, entre l’église du Quo Vadis et la basilique Saint-Sébastien. Depuis Termini, prenez le métro A jusqu’à San Giovanni puis le bus 218, arrêt Fosse Ardeatine, ou le métro A jusqu’à Arco di Travertino puis le bus 660, arrêt Appia Pignatelli/Appia Antica ; depuis le métro B, descendez à Colosseo ou Circo Massimo et prenez le bus 118, arrêt Catacombe di San Callisto. Les jours fériés, la circulation des voitures particulières est interdite sur l’Appia Antica, sauf pour les groupes qui ont réservé et présentent leur confirmation de visite. Les horaires de bus sont sur le site de l’ATAC.
Toutes ces informations viennent du site officiel des catacombes de Saint-Calixte, qui publie aussi le règlement de visite, et de la billetterie déléguée par la Commission pontificale d’archéologie sacrée. Les tarifs et les fermetures changent : vérifiez-les avant de partir.
Pour aller plus loin
- Comment visiter les catacombes de Rome : quelles catacombes choisir et comment réserver
- La via Appia Antica : la route antique à combiner avec la visite
- Le centre historique de Rome : pour organiser la journée autour de la visite