Chapelle Sixtine : la voûte de Michel-Ange et la visite

La chapelle Sixtine vue depuis la nef : la voûte peinte par Michel-Ange au-dessus et, au fond, le mur du Jugement dernier
Photo : Antoine Taveneaux, licence CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

La Chapelle Sixtine attire de nombreux curieux, étant un passage obligé lors de la visite des Musées du Vatican à Rome. Ce lieu regorge d’histoires captivantes : il porte le nom du pape qui l’a voulue, Sixte IV, il conserve la voûte peinte par Michel-Ange et la fresque du Jugement dernier, et il accueille encore aujourd’hui les conclaves qui élisent les papes. On n’y entre pas séparément : la chapelle se visite avec le billet des Musées du Vatican, dont elle fait partie.

La chapelle Sixtine : sa construction et sa voûte

La chapelle doit son nom au pape Sixte IV della Rovere (pontificat de 1471 à 1484), qui fait rénover l’ancienne chapelle Magna du palais pontifical entre 1477 et 1480. Les murs gardent leur décor du XVe siècle : les faux rideaux tendus dans la partie basse, les Histoires de Moïse sur les murs sud et d’entrée, les Histoires du Christ sur les murs nord et d’entrée, et les portraits des papes. Ce décor est l’œuvre d’une équipe de peintres réunie autour du Pérugin, de Botticelli, de Domenico Ghirlandaio et de Cosimo Rosselli, entourés de leurs ateliers et de collaborateurs proches ; les fresques sont exécutées en 1481 et 1482. De cette époque datent aussi les ouvrages de marbre, dont la transenne du chœur, la cantoria où prenaient place les chantres et les armoiries pontificales au-dessus de la porte d’entrée. Le 15 août 1483, Sixte IV consacre la nouvelle chapelle, dédiée à l’Assomption.

De plan basilical, la chapelle mesure environ 40,9 mètres de long sur 13,4 mètres de large, pour 20,7 mètres de hauteur, des proportions que l’on compare souvent à celles du temple de Salomon. Les grandes fenêtres de la partie haute éclairent la salle d’une lumière naturelle, et le silence demandé aux visiteurs rappelle que le lieu est d’abord un espace de culte.

C’est Jules II della Rovere (pontificat de 1503 à 1513), neveu de Sixte IV, qui confie en 1508 la voûte à Michel-Ange. Le contrat signé le 8 mai 1508 prévoyait douze apôtres dans les pendentifs et des motifs ornementaux pour le reste ; l’artiste, jugeant le projet « chose pauvre », obtient du pape la liberté de concevoir lui-même le programme. Dans une puissante architecture peinte, il dispose neuf Histoires centrales tirées de la Genèse, de la Création à la Chute, puis au Déluge et à la renaissance de l’humanité avec la famille de Noé. À leurs côtés, les ignudi soutiennent des médaillons inspirés du livre des Rois ; à la base de la structure, douze Voyants, prophètes et sibylles, siègent sur des trônes monumentaux ; plus bas, les Ancêtres du Christ peuplent les voiles et les lunettes, et les quatre pendentifs d’angle illustrent la délivrance miraculeuse du peuple d’Israël. Michel-Ange achève la première moitié de la voûte en août 1510, du mur d’entrée jusqu’à la Création d’Ève ; l’ensemble est terminé le 31 octobre 1512, et le 1er novembre, jour de la Toussaint, Jules II inaugure la chapelle par une messe solennelle.

La chapelle Sixtine : le Jugement dernier

Le mur d’autel est occupé par la fresque du Jugement dernier. Vers la fin de 1533, Clément VII de Médicis (pontificat de 1523 à 1534) charge Michel-Ange de le peindre, ce qui entraîne la disparition des fresques du XVe siècle qui se trouvaient à cet endroit, dont le retable du Pérugin. L’artiste commence l’œuvre en 1536, sous le pontificat de Paul III, et l’achève à l’automne 1541, soit cinq années de travaux.

La composition s’organise autour du Christ, saisi dans l’instant qui précède le verdict. La Vierge se tient à ses côtés, la tête détournée. Les saints et les élus l’entourent, reconnaissables à leurs attributs : saint Pierre et ses deux clés, saint Laurent et son gril, saint Barthélemy et sa propre peau, où l’on reconnaît souvent l’autoportrait de Michel-Ange, sainte Catherine d’Alexandrie et sa roue dentée, saint Sébastien et ses flèches. En haut, deux lunettes montrent des anges portant les instruments de la Passion. En dessous, les anges de l’Apocalypse réveillent les morts au son des trompettes : à gauche, les ressuscités remontent vers le ciel, à droite, anges et démons rivalisent pour précipiter les damnés en enfer. Tout en bas, Charon fait descendre les damnés de sa barque pour les conduire devant Minos, le corps enserré dans les anneaux d’un serpent : la référence à l’Enfer de Dante est explicite.

Les réactions furent violentes. Le maître des cérémonies Biagio da Cesena jugea qu’une telle quantité de nus était une « chose très déshonnête » dans un lieu aussi vénérable, une œuvre indigne d’une chapelle papale et bonne pour les étuves et les tavernes ; selon Vasari, Michel-Ange se serait vengé en le représentant sous les traits de Minos. Les critiques se poursuivirent pendant des années et, en 1564, la congrégation du concile de Trente décida de faire couvrir les figures jugées obscènes. Les drapés de couverture, les « braghe », furent confiés à Daniele da Volterra, surnommé depuis « il braghettone » : ses voiles furent les premiers, d’autres s’y ajoutèrent au fil des siècles.

Les fresques de la chapelle ont fait l’objet d’une restauration complète entre 1979 et 1999, qui a aussi porté sur les parties en marbre, la cantoria, la transenne et les armoiries de Sixte IV. Le 8 avril 1994, à l’occasion de la messe célébrée pour la fin de la restauration du Jugement dernier, Jean-Paul II a qualifié la chapelle Sixtine de « sanctuaire de la théologie du corps humain ». Et le conclave, qui élit chaque pape, continue de s’y tenir.

La chapelle Sixtine : visite

Premier point à connaître : il n’existe pas de billet pour la chapelle seule. Elle est incluse dans le billet des Musées du Vatican, qui donne accès aux musées et à la chapelle Sixtine uniquement le jour de son émission, et qui n’est pas remboursable.

  • Horaires : du lundi au samedi de 8h à 20h, dernier accès à 18h, la sortie des salles débutant 30 minutes avant la fermeture. Le dernier dimanche du mois, ouverture de 9h à 14h, dernier accès à 12h30, avec entrée gratuite.
  • Fermetures : tous les dimanches, sauf le dernier du mois, et sauf s’il tombe un jour de fête (Pâques, saints Pierre et Paul, Noël, saint Étienne, saint Sylvestre). Les autres jours de fermeture sont le 1er et le 6 janvier, le 11 février, le 19 mars, le 6 avril, le 1er mai, le 29 juin, les 14 et 15 août, ainsi que les 8, 25 et 26 décembre.
  • Tarifs : 20 € le billet plein acheté sans réservation en ligne, ou 20 € plus 5 € de frais avec la réservation « sautez la file » sur le site officiel des Musées du Vatican. Tarif réduit à 10 €, ou 10 € plus 5 € avec réservation. Entrée gratuite pour les moins de 7 ans, pour les visiteurs dont l’invalidité est certifiée à au moins 67 % et pour l’ultime dimanche du mois.
  • Réservation : les billets s’achètent sur le site officiel des Musées du Vatican ou sur place. Comptez une demi-journée pour le parcours des musées jusqu’à la chapelle, davantage si vous vous arrêtez dans les galeries et les appartements.

Tenue, silence et photos : les règles en chapelle Sixtine

  • Tenue : l’entrée aux Musées du Vatican, à la chapelle Sixtine, à la basilique Saint-Pierre et aux jardins vaticans est réservée aux visiteurs vêtus avec décence. Les vêtements sans manches ou décolletés, les shorts qui ne couvrent pas jusqu’au genou, les minijupes et les chapeaux ne sont pas admis.
  • Silence : il est absolument interdit de parler et de donner des explications dans la chapelle. Les groupes guidés reçoivent les commentaires historiques et artistiques avant d’entrer, et le personnel autorisé dispose d’écrans tactiles pour préparer la visite ; des panneaux détaillés sont installés le long du parcours des musées.
  • Photos : contrairement au reste des musées, où la photographie est autorisée pour un usage strictement personnel et domestique et toujours sans flash, il est interdit de photographier et de filmer dans la chapelle Sixtine avec n’importe quel appareil électronique, et le silence absolu y interdit tout usage du téléphone. Les trépieds, drones, perches à selfie et matériel professionnel sont proscrits dans tout le musée, et le personnel de surveillance peut exiger l’effacement immédiat des images prises en infraction.
  • Sacs : la consigne est gratuite. Les bagages, valises, sacs à dos, paquets, grands parapluies, bâtons, trépieds et caméras doivent y être déposés avant d’entrer dans les salles. Si vous enchaînez avec la basilique Saint-Pierre, notez que les Musées recommandent de ne pas laisser ses bagages à leur consigne.

Cette page s’appuie sur les publications officielles des Musées du Vatican, notamment l’histoire de la chapelle Sixtine, les pages de la voûte et du Jugement dernier, les règles de visite et la page des tarifs et billets. Les horaires et les prix évoluent : vérifiez-les sur museivaticani.va avant de réserver plutôt que de vous fier à une page recopiée.

La chapelle Sixtine est le point d’orgue des Musées du Vatican, qui se prolongent naturellement par la basilique Saint-Pierre, à dix minutes à pied : l’entrée y est gratuite et la montée au dôme offre le meilleur point de vue sur la coupole dont Michel-Ange a dessiné les plans.

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