Rome underground : centri sociali et lieux alternatifs
Rome ne se résume pas au Colisée et aux églises baroques. La capitale italienne cache aussi une scène underground très vivante, que le mot recouvre de deux façons : les centri sociali, espaces occupés et autogérés où s’inventent concerts, théâtre et art émergent, et la Rome littéralement souterraine des catacombes. Voici les lieux emblématiques de cette autre Rome, avec les repères pour en profiter.
Les centri sociali, la culture occupée romaine
Le centre social autogéré, centri sociali en italien, est une institution bien romaine. Apparu en Italie dans les années 1970, le mouvement occupe des bâtiments publics ou privés laissés à l’abandon, écoles, usines ou forteresses, pour en faire des lieux de culture ouverts à tous. Fonctionnant en autogestion, ces espaces s’autofinancent par les concerts, les bars et les fêtes qu’ils organisent, à des prix modestes.
La scène romaine compte des adresses historiques toujours actives. Occupé en février 1990 dans une ancienne école de Montesacro, le Brancaleone est devenu un haut lieu de la musique électronique et du hip hop italiens. Occupé le 18 avril 1990 dans une aile de l’ancien abattoir de Testaccio, le Villaggio Globale reste un centre interculturel de concerts et d’expositions. D’autres, comme le Rialto Sant’Ambrogio dans l’ancien ghetto juif, connaissent fermetures et réouvertures : la programmation se vérifie toujours en ligne avant de s’y rendre.
Forte Prenestino, la forteresse occupée depuis 1986
Le CSOA Forte Prenestino est le symbole de cette histoire. Construit entre 1880 et 1884, il fait partie des quinze forteresses érigées autour de Rome après l’unité italienne pour défendre la nouvelle capitale. Déclassé dès 1919, laissé à l’abandon puis transformé en décharge, il est occupé le 1er mai 1986 lors de la Festa del Non Lavoro, contre-événement du défilé syndical. Les occupants nettoient le site et y créent ce qui est souvent présenté comme le plus grand centre social occupé d’Europe.
Étendu sur plus de treize hectares dans le quartier Prenestino-Centocelle, le fort abrite salles de concert et de théâtre, cinéma, ateliers, bibliothèque et bars. Ses rendez-vous récurrents, comme le festival de bande dessinée Crack! en juin, attirent un public large, et mai 2026 a marqué ses quarante ans d’occupation. La programmation se consulte sur le site du fort, les annonces arrivant souvent à la dernière minute.
Ex Snia : la friche industrielle devenue lac
Autre exemple spectaculaire de réappropriation, l’ancienne usine chimique Snia Viscosa, fermée en 1954, a laissé place à un parc public unique. En 1992, le projet immobilier prévu sur place s’arrête net : l’excavation d’un parking souterrain se remplit par les sources de l’ancien fossé de la Marranella, et un lac apparaît dans les ruines industrielles. Pour bloquer la spéculation, le CSOA ex Snia occupe les bâtiments en février 1995, avant que la municipalité n’exproprie une partie du site et n’en fasse, dès la fin des années 1990, le Parco delle Energie.
Présenté par l’office de tourisme de Rome comme l’unique lac naturel de la ville, ce plan d’eau dit lac ex Snia ou lac Sandro Pertini occupe le cœur des quatorze hectares du parc, entre la via Prenestina et la voie ferrée : pinède, friches, berges sauvages et oiseaux en plein tissu urbain. L’accès est libre, la baignade interdite. Les anciens bâtiments abritent le centre social et les archives historiques de l’usine, conservées dans un centre de documentation.
San Lorenzo et le Qube : la nuit étudiante et le Muccassassina
Le quartier de San Lorenzo, à deux pas de la cité universitaire de la Sapienza, concentre la vie nocturne de la jeunesse romaine. Ses rues de bars, de trattorias et de fresques murales attirent chaque soir étudiants italiens et étrangers pour l’apéritif et le dîner.
À quelques minutes de là, la discothèque Qube, via di Portonaccio 212, fait référence avec ses trois salles qui passent de la house à la pop et aux nuits thématiques. Son rendez-vous le plus célèbre, le Muccassassina, anime chaque vendredi soir : créée au début des années 1990 pour financer le Circolo di Cultura Omosessuale Mario Mieli, la soirée est devenue une institution de la nuit romaine, célèbre pour ses drag queens et ses shows. La fête commence après minuit ; le calendrier se consulte sur le site officiel.
La Rome souterraine : San Callisto et San Sebastiano
L’autre underground romain se visite sous la via Appia Antica. Les catacombes de San Callisto, les plus célèbres de Rome, servent de cimetière officiel à l’Église de Rome dès le IIIe siècle. Sur une quinzaine d’hectares et cinq niveaux, le réseau de galeries aurait abrité des centaines de milliers de sépultures ; on y découvre la crypte des Papes, où furent inhumés neuf pontifes, et de très anciennes fresques chrétiennes. Le site a été redécouvert en 1854 par l’archéologue Giovanni Battista de Rossi.
Non loin, les catacombes de San Sebastiano doivent leur renom à la tradition qui y déposa temporairement, en 258, les reliques des apôtres Pierre et Paul ; c’est de ce lieu, appelé ad catacumbas, que vient le mot catacombe. Les deux sites ne se visitent qu’en groupe accompagné d’un guide, et les horaires varient selon les jours : notre guide des catacombes de Saint-Calixte et notre page sur la visite des catacombes de Rome détaillent les modalités pratiques.
Plus près du centre, la basilique Saint-Clément superpose trois niveaux sur la même parcelle : la basilique du XIIe siècle, l’édifice du IVe siècle en dessous et des bâtiments romains du Ier siècle, dont un mithraeum. La visite se réserve en ligne et se fait sans guide.
Rome underground, mode d’emploi
Quelques réflexes simples évitent les mauvaises surprises. Les lieux occupés vivent au rythme de leur programmation : consultez les réseaux sociaux et les sites officiels le jour même. L’ambiance y est décontractée, les prix doux, le public mélangé. Gardez l’esprit ouvert : ces espaces nés de la contestation évoluent, ferment, rouvrent ailleurs. Cette impermanence fait leur charme, acceptez l’imprévu.
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