Piazza del Popolo à Rome : la place du Peuple et ses églises jumelles
La piazza del Popolo s’ouvre au nord du centre historique, là où la via Flaminia entrait autrefois dans la ville. Vaste esplanade ovale entièrement piétonne, elle rassemble un obélisque égyptien, deux églises baroques jumelles et, en surplomb, les jardins du Pincio : première image de Rome pour les voyageurs du nord pendant des siècles, elle reste l’une des places préférées des Romains.
L’histoire de la place
Le nom de la place ne vient pas du peuple mais des peupliers, populus en latin, qui couvraient le secteur : le même mot a donné son nom à l’église Santa Maria del Popolo, qui occupe l’angle nord-est. Son importance tient à la porte du Peuple, ouverte dans le mur d’Aurélien à l’emplacement de l’antique porta Flaminia : avant le chemin de fer, tous les voyageurs venus du nord y passaient. Elle fut longtemps le lieu des exécutions publiques, la dernière en 1826.
L’aspect actuel date du XIXe siècle. À partir de 1811, Giuseppe Valadier, chargé du projet par le pape Pie VII puis par son successeur Léon XII, transforme l’ancienne place trapézoïdale en composition néoclassique : deux hémicycles, des palais symétriques, des rangées d’arbres et une rampe vers la colline du Pincio. Il supprime au passage la fontaine de Giacomo della Porta, édifiée en 1572. Piétonnisée après une restauration achevée en 1998, la place a retrouvé sa vocation de promenade.
L’obélisque flaminien
Au centre se dresse l’obélisque flaminien, monolithe de granit de 25,90 mètres qui culmine à 36,50 mètres avec son piédestal et sa croix. Taillé à Héliopolis sous le pharaon Séthi Ier, achevé sous Ramsès II, il fut ramené à Rome en l’an 10 avant notre ère sur ordre d’Auguste pour orner la spina du Circus Maximus. Renversé et brisé en trois morceaux lors des invasions de l’Antiquité tardive, il fut retrouvé en 1587 puis redressé en 1589 sur ordre du pape Sixte-Quint par l’architecte Domenico Fontana. C’est l’un des plus anciens et des plus hauts obélisques de Rome. Quatre fontaines aux lions de style égyptien furent ajoutées à sa base en 1823, sur un projet de Valadier.
Les églises jumelles
Au sud, trois rues s’ouvrent en éventail, formant le Trident : la via del Corso au centre, la via del Babuino à gauche, la via di Ripetta à droite. Entre elles se dressent les églises dites jumelles : Santa Maria in Montesanto, entre le Corso et le Babuino, et Santa Maria dei Miracoli, entre le Corso et la Ripetta. Elles ne sont pas exactement identiques. La première, commencée en 1662 sur des plans de Carlo Rainaldi à la demande du pape Alexandre VII, présente un plan intérieur elliptique et six chapelles latérales. La seconde, entreprise en 1675 et consacrée en 1681, adopte un plan circulaire à quatre chapelles et un dôme octogonal couvert d’ardoises, dû à Carlo Fontana. Commencées par Rainaldi, les deux églises furent achevées sous la direction de Carlo Fontana avec la supervision du Bernin, et le cardinal Girolamo Gastaldi, leur bienfaiteur, laissa son nom sur la façade de Santa Maria dei Miracoli.
Santa Maria del Popolo, Raphaël et le Caravage
À l’angle nord-est, Santa Maria del Popolo réserve deux des plus belles surprises artistiques de Rome. La chapelle Chigi, commandée au début du XVIe siècle par le banquier siennois Agostino Chigi avec l’assentiment du pape Jules II, fut dessinée par Raphaël, qui y travailla jusqu’en 1516 environ. Restée longtemps inachevée, elle fut embellie au milieu du XVIIe siècle par le Bernin pour le pape Alexandre VII, de la famille Chigi.
Ce sont pourtant les deux toiles du Caravage qui attirent la foule : la Conversion de saint Paul et la Crucifixion de saint Pierre, peintes au tout début du XVIIe siècle pour la chapelle Cerasi, dessinée par Carlo Maderno. Ces grandes scènes au clair-obscur dramatique comptent parmi les chefs-d’œuvre de la peinture baroque, tout comme l’Assomption de la Vierge d’Annibale Carracci, réalisée dans la même chapelle.
La porte du Peuple et la terrasse du Pincio
Côté nord, la place bute sur la porte du Peuple, percée dans le mur d’Aurélien : c’est là que commençait la via Flaminia, la grande route vers le nord. Sa façade intérieure fut redessinée par le Bernin en 1655 pour le pape Alexandre VII, à l’occasion de l’entrée à Rome de la reine Christine de Suède, convertie au catholicisme, comme le rappelle l’inscription gravée au sommet. La façade extérieure, tournée vers le piazzale Flaminio, avait été reconstruite entre 1562 et 1565 pour le pape Pie IV.
Au-dessus, la rampe de Valadier mène à la terrasse du Pincio : la vue plonge sur l’obélisque, les églises jumelles et les toits de Rome jusqu’à la coupole de Saint-Pierre. C’est le plus beau point de vue sur la place, à privilégier en fin de journée. La Casina Valadier, pavillon néoclassique construit entre 1816 et 1837 sur les bases d’un casino du XVIIe siècle, abrite aujourd’hui un café-restaurant panoramique.
Que faire autour de la place
La place marque le départ du Trident, qui structure tout le nord du centre historique. La via del Corso, au centre, est la grande artère commerçante jusqu’à la piazza Venezia. La via del Babuino, à gauche, doit son nom à une statue de Silène que les Romains surnommèrent le babouin : bordée de galeries et d’antiquaires, elle file vers la place d’Espagne, dont la Trinité-des-Monts ferme la perspective. Comptez dix à quinze minutes de marche pour rejoindre la place d’Espagne. La via di Ripetta, à droite, plus paisible, descend vers le mausolée d’Auguste et le Tibre.
Sur la place, admirez les deux fontaines qui encadrent l’entrée du Corso : celle de Neptune à l’ouest et celle de la déesse Rome à l’est, adossée au Pincio, précédée de la Louve allaitant Romulus et Rémus. Les Romains aiment s’attarder au café avant de grimper au Pincio ou de pousser jusqu’à la villa Borghèse.
Comment venir à la piazza del Popolo
Le plus simple est le métro : la station Flaminio de la ligne A débouche sur le piazzale Flaminio, juste derrière la porte du Peuple, à quelques pas de la place. La station Spagna, sur la même ligne, se trouve à dix ou quinze minutes à pied par la via del Babuino, pour combiner les deux places dans une même promenade.
Le meilleur moment reste le matin, quand les premiers rayons éclairent la porte du Peuple, ou le crépuscule depuis le Pincio, quand la place s’illumine.
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