Campo de' Fiori : le marché et la place la plus vivante de Rome
À cinq minutes de la piazza Navona, le Campo de’ Fiori est la place la plus vivante de Rome : un marché coloré dès l’aube, une statue de bronze qui veille sur les étals, des terrasses qui prennent le relais jusqu’au milieu de la nuit.
Une prairie devenue place
Jusqu’au XVe siècle, il n’y avait ici aucune place, mais un pré fleuri et quelques jardins potagers, d’où le nom : campo de’ fiori, le champ des fleurs. Une tradition peu fiable y voit un hommage à Flora, la femme aimée de Pompée, dont le théâtre se dressait à côté. La place occupe aujourd’hui la limite des rioni Parione et Regola.
Au Moyen Âge, la famille Orsini se fortifie sur son flanc sud. En 1456, sous le pape Calixte III, le secteur est pavé lors d’un vaste programme d’aménagement du rione Parione. Les palais Renaissance remplacent les masures, et le Campo devient un carrefour d’ambassadeurs et de cardinaux : la via papale, que le nouveau pape empruntait entre le Vatican et Saint-Jean-de-Latran, le traversait.
Un marché aux chevaux s’y tient deux fois par semaine, le lundi et le samedi, et les rues alentour prennent le nom des métiers qui s’y installent : fabricants d’arbalètes (via dei Balestrari), de coffres (via dei Baullari), de chapeaux (via dei Cappellari), de clés (via dei Chiavari) et de justaucorps (via dei Giubbonari). En 1858, la démolition d’un pâté de maisons agrandit la place, qui trouve sa forme actuelle. Depuis 1869, le grand marché de fruits et légumes jusque-là tenu piazza Navona s’y déroule tous les matins. C’est aussi la seule place historique de Rome sans église.
Le bûcher de Giordano Bruno
Le Campo fut longtemps le théâtre des exécutions capitales de Rome, et aussi celui des peines de la corde. Le jeudi 17 février 1600, le philosophe et frère dominicain Giordano Bruno y est brûlé vif pour hérésie, et ses œuvres rejoignent l’Index des livres interdits.
En 1876, des étudiants de l’université de Rome lancent une souscription pour lui élever un monument à l’endroit même du bûcher. Le contexte est électrique : Rome est capitale de l’Italie unifiée depuis 1870, et le pouvoir temporel du pape a pris fin. Le Vatican s’oppose frontalement au projet. Le conseil communal approuve l’emplacement en décembre 1888 par 36 voix contre 13, et la statue de bronze d’Ettore Ferrari est inaugurée le 9 juin 1889. Bruno y apparaît encapuchonné dans son habit de dominicain, les mains croisées sur un livre, tourné vers le Vatican, le visage dans l’ombre. Sur le socle, l’inscription proclame : « à Bruno, le siècle par lui deviné, ici où le bûcher brûla ». Huit médaillons rappellent d’autres victimes de la censure religieuse, dont Tommaso Campanella et Jan Hus.
Le marché du matin
Du lundi au samedi, dès 7 h et jusqu’à 14 h environ, les bancs transforment la place en marché : fruits et légumes de la campagne romaine, poisson, fromages, charcuterie, pâtes fraîches, épices et mélanges parfumés, sans oublier les fleurs. Le dimanche, tout disparaît. Au centre, la fontaine de la Terrina, qui servait à abreuver le bétail avant d’être déplacée en 1889, accueille aujourd’hui les seaux de fleurs coupées sous une inscription qui résume l’esprit du lieu : « Fais le bien et laisse dire ». Les épices et les pâtes du marché font de bons souvenirs à rapporter.
La bascule du soir
Une fois les bancs rangés, le Campo change de camp. Les bars installent leurs terrasses, et la place du matin devient celle de la nuit. Les riverains se plaignent du tapage nocturne. Pour changer des terrasses, quelques bars insolites du centre méritent le détour.
Ce que ça change pour votre visite
Arrivez tôt : entre 7 h et 9 h, le marché est encore celui des Romains et les produits sont frais. Comme partout dans le centre, surveillez sacs et téléphones dans la foule. Avant de vous asseoir, jetez un œil à la carte : les terrasses du Campo comptent parmi les plus chères de Rome. Le soir, la musique des bars déborde sur la place et il devient difficile d’y dîner au calme.
Autour du Campo : rues, palais et ghetto
Le quartier se visite à pied, en dix minutes de rayon. La via dei Giubbonari, bordée de boutiques et d’épiceries fines, descend vers le ghetto : c’est l’ancienne rue des tailleurs de justaucorps. La via del Pellegrino, autre tronçon de la via papale, menait les pèlerins vers Saint-Pierre. La via dei Cappellari conserve, à son angle, l’enseigne de la Locanda del Gallo, l’auberge que tenait Vannozza Cattanei, maîtresse d’Alexandre VI Borgia.
Vers l’ouest, le palazzo della Cancelleria, commencé en 1489 pour le cardinal Raffaele Riario, passe pour le premier palais Renaissance de Rome ; propriété extraterritoriale du Saint-Siège, il abrite aujourd’hui des tribunaux du Vatican. Juste derrière, la piazza Farnese aligne ses deux vasques de granit antique au pied du palais Farnese, dessiné par Antonio da Sangallo le Jeune puis Michel-Ange, Vignola et Giacomo Della Porta. C’est l’ambassade de France en Italie depuis 1874, visitable uniquement en visite guidée sur réservation.
Poussez enfin jusqu’à la via Giulia, tracée en 1508 par Bramante pour Jules II, et jusqu’au ghetto, à dix minutes, autour du portique d’Octavie.
Où manger autour du Campo
Le Forno Campo de’ Fiori, au 22 de la place, est la boulangerie historique du Campo : on y prend une part de pizza bianca ou rossa au comptoir. Antico Forno Roscioli, via dei Chiavari 34, fait la même chose à quelques mètres, et la salumeria Roscioli, via dei Giubbonari 21, sert charcuterie, fromages et pâtes romaines. Pour une glace, Neve di Latte, via dei Banchi Vecchi 140, travaille un fior di latte réputé dans tout le centre.
Comment venir et quand y aller
Le Campo de’ Fiori n’a pas de station de métro : le plus simple est l’autobus sur le Corso Vittorio Emanuele II, ou le tram 8 à l’arrêt Arenula-Cairoli, puis cinq minutes de marche. Depuis la piazza Navona, comptez cinq minutes ; depuis le Panthéon, une dizaine. Le meilleur moment reste le matin, pour le marché, ou l’heure de l’apéritif, juste avant que la place ne bascule dans la nuit.
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