Les bars insolites à Rome

Cocktails colorés au citron vert, à la menthe et à la glace posés sur le comptoir d'un bar
Photo : Shixart1985, licence CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

Rome ne range pas ses bars dans une case. Une laiterie de quartier devenue la cantine d’un écrivain, un speakeasy qu’on ouvre en décrochant un téléphone, un ancien garage où l’aperitivo a pris ses règles, un comptoir taillé dans la glace. Voici huit adresses vérifiées, du Pigneto au Trastevere, pour boire autre chose qu’un spritz de terrasse.

Necci dal 1924, la cantine de Pasolini à Pigneto

Au 68 de la via Fanfulla da Lodi, Necci a ouvert en 1924 comme bar et laiterie, avant de devenir glacier pendant la guerre. Pier Paolo Pasolini, qui vivait alors à Pigneto, y prenait son café et l’a immortalisé dans « Accattone », son premier film. Une plaque accrochée à l’intérieur rappelle le lien, sans que la maison en fasse des tonnes. Le vrai argument reste la cour-jardin, où l’on s’attarde du cappuccino du matin à l’apéritif, puis au dîner. Pâtes et pizzas maison : honnête cuisine de quartier, ouverte du matin au soir.

Spirito, le speakeasy derrière la sandwicherie

À quelques mètres de Necci, au 53 de la même rue, Spirito ne s’annonce pas. On entre par la panineria La Premiata, on décroche le téléphone fixé près de la porte, et la salle s’ouvre sur un décor de speakeasy new-yorkais, banquettes de cuir et bois sombre. Cocktails classiques exécutés sérieusement, quelques plats pour tenir la soirée, et un service qui va jusqu’à tard. La salle est petite : réservez, ou visez un soir de semaine.

Freni e Frizioni, l’ancien garage de Trastevere

Le nom signifie « freins et embrayages » : avant d’accueillir un bar en 2003, l’adresse était un atelier de mécanique. À deux pas de la piazza Trilussa, au 4 de la via del Politeama, Freni e Frizioni a installé l’aperitivo à la romaine tel qu’on le connaît, buffet compris dans le prix du verre entre 18h30 et 21h. Le Negroni sbagliato est la commande maison. Pas de réservation, et une foule qui déborde sur la place dès qu’il fait doux : arrivez avant 19h30.

Cul de Sac, la première enoteca de Rome

À deux pas de la place Navone, dans l’angle de la piazza Pasquino, le Cul de Sac a ouvert en 1977 et revendique le titre de premier bar à vin de la ville. On s’y serre sur des bancs de pin, sous la statue parlante de Pasquino. La carte aligne autour de 1 500 références, avec une trentaine de vins au verre qui changent souvent. Pas de réservation : venez avant 12h30 le midi ou avant 19h30 le soir, sinon la file s’allonge. Pour d’autres pistes, voyez notre sélection des meilleurs bars à vin de Rome.

Cavour 313, la table où naquit Slow Food

Au 313 de la via Cavour, dans le rione Monti, cette maison vend du vin depuis plus d’un siècle. C’est à ses tables qu’est née Arcigola, l’association devenue Slow Food en 1986, un détail que peu de bars peuvent revendiquer. Reprise par la Parisienne Josephine Lamuniere, elle a rouvert fin 2024 après travaux, sans toucher à la boiserie ni à l’enseigne d’origine. Environ 200 références, orientées vins nature, bio et biodynamiques, et une cuisine franco-italienne assumée. Réservation conseillée le soir.

Le Jerry Thomas Project, la prohibition à Rome

Dans le centre, une porte sans enseigne au 30 du vicolo Cellini. Le Jerry Thomas Project a ouvert en 2010 et fait figure de pionnier du genre en Italie. Pour entrer, il faut réserver, mémoriser le mot de passe du jour publié sur son site, puis s’acquitter d’une carte de membre à 5 euros au seuil. À l’intérieur, une trentaine de places, bois sombre et cocktails classiques exécutés au millimètre ; on y fume encore, ce qui ne rajeunit pas l’ambiance. La maison a figuré plusieurs fois au classement des World’s 50 Best Bars. Réservez même en semaine.

Bar San Calisto, l’irréductible de Trastevere

Sur la piazza San Calisto, ce bar ouvert en 1969 n’a jamais cédé à la moindre modernisation. On paie à la caisse, on récupère sa bière au comptoir, on s’installe aux tables branlantes ou sur les marches de la fontaine. Bières, vin rouge au verre et granita di caffè con panna à des prix d’un autre temps, sans menu ni service à table. Depuis plus d’un demi-siècle, joueurs de cartes, étudiants et artistes s’y croisent, et les touristes s’y fondent comme les autres.

Ice Club, boire à moins cinq degrés

Dans le quartier Monti, au 18/19 de la via della Madonna dei Monti, Ice Club a poussé le concept jusqu’à construire murs, banquettes et verres dans la glace. Il fait moins cinq degrés à l’intérieur : une cape thermique est prêtée à l’entrée, et l’on boit des cocktails à la vodka dans des gobelets de glace, sous des sculptures qui fondent puis se refont. Ouvert tous les jours de 17h à 1h. C’est une curiosité plus qu’une grande table, mais l’expérience n’a pas d’équivalent à Rome.

Comment combiner ces adresses

Ces lieux se combinent mal, tant ils sont éloignés : le Pigneto à l’est, Trastevere au sud, Monti et le centre au milieu. Choisissez une rive par soirée, ou une seule adresse et laissez la soirée filer. Pour les bars à cocktails plus tendance, notre guide des bars tendance de Rome prend le relais.

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