Piazza Navona à Rome : fontaines et promenade
La piazza Navona tire sa silhouette d’un stade romain. Domitien l’a fait construire en 86 pour des jeux athlétiques, et la place a gardé le tracé de la piste : 275 m de long, 106 m de large, un petit côté courbe au nord. Trois fontaines baroques, une église de Borromini et une ceinture de terrasses occupent ce rectangle arrondi.
Le stade de Domitien et le nom de la place
Le stade recevait environ 30 000 spectateurs, sur deux niveaux de gradins. On y courait, on y lançait le disque et le javelot, on s’y affrontait au pugilat et à la boxe.
Le nom vient de là. En latin, in agones désignait les jeux. Le mot s’est déformé en nagone, puis navone, enfin navona, qui évoque en italien une grosse nef. L’église voisine, Sant’Agnese in Agone, en garde le souvenir.
Sous le dallage, le stade subsiste : les gradins de la partie rectiligne sont conservés dans les souterrains de l’église Sant’Agnese, et d’autres restes sont visibles dans les sous-sols de l’École française de Rome, au numéro 62 de la place.
La fontaine des Quatre Fleuves du Bernin
Au centre, la fontaine des Quatre Fleuves est l’œuvre du Bernin, commandée par le pape Innocent X Pamphili, construite entre 1648 et 1651 et inaugurée le 12 juin 1651.
Quatre statues de marbre de Carrare, posées sur un rocher de travertin, représentent les fleuves des continents connus alors : le Danube pour l’Europe, avec un cheval ; le Gange pour l’Asie, une rame à la main ; le Nil pour l’Afrique, le visage voilé car on ignorait sa source ; le Rio de la Plata pour l’Amérique, assis sur des pièces d’or.
L’obélisque qui les surmonte mesure 16,53 m. C’est un obélisque égyptien en granite rouge de Syène, dont les hiéroglyphes portent le nom de Domitien, dressé sur la place en 1651.
Une légende prétend que le Rio de la Plata lève le bras de peur que l’église de Borromini s’écroule, et que le Nil se voile pour ne pas la voir. Le calendrier le dément : la fontaine était achevée en 1651, l’église n’a pas commencé avant 1652.
Sant’Agnese in Agone, l’église de Borromini
À l’ouest de la place, l’église Sant’Agnese in Agone occupe le lieu du martyre de sainte Agnès ; la tradition place dans les arcades du stade le lupanar où elle fut conduite.
La reconstruction commence en 1652, confiée à Girolamo Rainaldi et à son fils Carlo. Innocent X passe ensuite la commande à Francesco Borromini, qui redessine l’intérieur puis se brouille avec le pape et quitte le chantier. Carlo Rainaldi achève l’extérieur entre 1657 et 1672. L’église est consacrée le 17 janvier 1672, alors que le décor n’est pas fini.
La façade concave, la coupole et les deux campaniles comptent parmi les grands morceaux du baroque romain. L’entrée est gratuite ; les offices interrompent les visites.
Les deux autres fontaines
Aux extrémités, deux fontaines plus anciennes ferment le décor. Leur bassin est de Giacomo della Porta, sous Grégoire XIII, alimenté par l’Aqua Virgo : celui du sud en 1575, celui du nord en 1574.
La fontaine du Maure, au sud, est restée sobre près d’un siècle. En 1653, on y a posé un homme mauresque serrant la queue d’un dauphin, sculpté par Giannantonio Mari d’après un dessin du Bernin. Les groupes d’origine ont quitté la place en 1874, remplacés par des copies.
Au nord, la fontaine de Neptune a attendu plus longtemps : Della Porta n’avait laissé qu’un bassin, et la ville n’y a ajouté ses groupes sculptés qu’en 1878.
La place aujourd’hui
Vivre la piazza Navona, c’est d’abord choisir où s’asseoir. Les restaurants qui bordent la place facturent la vue autant que l’assiette. Les bonnes tables se cachent dans les ruelles voisines, via del Governo Vecchio, via della Pace ou via di Tor Millina. Pour une glace, mieux vaut quitter la place : les meilleures glaces de Rome se dégustent dans les gelaterie de quartier.
Dès que le soleil est là, peintres et caricaturistes installent leurs chevalets sur le pavé ; un portrait part en cinq minutes, un dessin soigné en vingt. Musiciens et acrobates prennent le relais le soir.
En hiver, la place change de visage. Du 1er décembre au 6 janvier, la Festa di Piazza Navona la transforme en marché de Noël : des étals de crèches, de jouets et de sucreries autour de la fontaine des Quatre Fleuves. Il ferme le 6 janvier, jour où la Befana descend sur la place à 14 h. Le reste de l’année, la place garde la trace d’un commerce plus ancien : fruits et légumes s’y vendaient depuis 1478, avant que le marché ne déménage en 1869 vers le Campo de’ Fiori.
Accès et bon moment pour la visite
La place n’a pas de station de métro. Les lignes 40, 60 et 64 desservent l’arrêt du largo di Torre Argentina, à cinq minutes à pied ; les bus 40 et 64 passent aussi plus près, sur le corso Vittorio Emanuele II. Depuis le Panthéon, comptez cinq minutes ; depuis le Campo de’ Fiori, quatre ; depuis le Vatican, un quart d’heure par la via dei Coronari.
Le meilleur moment reste tôt le matin, entre 7 h et 9 h, quand les terrasses ne sont pas encore ouvertes et que la lumière rasante éclaire les façades ocres. En fin de soirée, les fontaines s’illuminent, mais les rabatteurs et les vendeurs de roses deviennent insistants. Pour la vue d’en haut, la terrazza Borromini, au sommet du palais Pamphili, domine la place.
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