Les thermes de Constantin à Rome

Gravure ancienne des thermes de Constantin à Rome, avec les voûtes encore debout sur le flanc du Quirinal
Photo : Rijksmuseum, licence CC0 (Wikimedia Commons)

Il ne reste presque rien à voir des thermes de Constantin. Le dernier grand complexe thermal de Rome, élevé vers 315 sur le flanc du Quirinal, a été absorbé par un palais, puis achevé par le percement de la via Nazionale. Ses salles sont aujourd’hui dans les sous-sols du Casino de l’Aurore, ses statues dispersées dans la ville. Pour se figurer le monument, une gravure du XVIIe siècle et une promenade d’un kilomètre entre la piazza del Quirinale et la via Nazionale suffisent.

Ce qui reste des thermes : des fondations sous un palais

Le complexe s’étendait dans le quadrilatère formé par la piazza del Quirinale, la via XXIV Maggio, la via della Consulta et la via Nazionale, à l’emplacement des jardins du palais Rospigliosi. Il n’en reste rien en élévation.

La destruction s’est étalée sur trois siècles. Le cardinal Scipione Borghese fait bâtir son palais au début du XVIIe siècle sur le corps central, et les ruines servent de carrière. Le palais de la Consulta, élevé par Ferdinando Fuga entre 1732 et 1737, prend ensuite la place du secteur nord. En 1877, le percement de la via Nazionale achève le travail. Les structures conservées sont dans les sous-sols du Casino de l’Aurore, sous le jardin suspendu du palais.

Des statues dispersées dans Rome

Le décor a survécu ailleurs. Deux statues de Constantin viennent de là : l’une au portique de Saint-Jean-de-Latran, l’autre sur la balustrade du Capitole. Constantin II les y rejoint, et le Nil et le Tibre servent de fond à la fontaine du palais sénatorial. Sur la piazza del Quirinale, les colosses de la fontaine, Castor et Pollux, ont orné les thermes avant d’être remployés au pied de l’obélisque, au point de donner au lieu son nom, Monte Cavallo.

Constantin et le Quirinal : un chantier tardif pour une élite

Les thermes sont construits vers 315, peut-être commencés sous Maxence, et restent le dernier établissement thermal impérial de Rome. Leur taille surprend quand on arrive des thermes de Dioclétien, vastes et ouverts au peuple, à un kilomètre de là. Le complexe constantinien est petit, sans portiques, orienté nord-sud, réduit au bâtiment de bain et à une esplanade. On y venait entre soi, dans un quartier de résidences patriciennes. Pour l’installer, il a fallu niveler la pente et démolir des édifices publics et privés.

Un incendie abîme les thermes en 367, les Goths d’Alaric les pillent en 410, le préfet de la ville Petronius Perpenna Magnus Quadratianus les restaure en 443, et Théodoric sans doute après lui. Puis l’abandon, et le démontage pierre par pierre. Le plan nous est parvenu par les dessins de Palladio.

San Vitale, une église bâtie quand les thermes tournaient encore

On lit parfois que le corps central des thermes aurait été transformé en église. C’est faux, et la confusion vient de la proximité. San Vitale est bâtie à partir de 386, sous le pape Sirice : Théodose la fait élever à la demande d’Ambroise, avec la fortune laissée par une riche Romaine, Vestina. Le pape Innocent Ier la consacre en 402 sous le nom de Titulus Vestinae, et le vocable de San Vitale apparaît vers 595. Les deux monuments ont donc été contemporains, pas successifs.

L’église passe pour la première basilique chrétienne publique de Rome qui ne réutilise pas un temple. Sixte IV la reconstruit en 1475, Clément VIII en 1595, et le jésuite Giovan Battista Fiammeri la ramène à une nef unique au début du XVIIe siècle. Le percement de la via Nazionale relève ensuite le niveau de la chaussée et la laisse en contrebas : on y descend par un escalier de trente-trois marches.

La paroisse annonce une ouverture tous les jours de 7 h 45 à 19 h de septembre à juillet, et seulement de 18 h à 19 h en août (santivitale.com). L’adresse est le 194/B via Nazionale, à côté du palais des Expositions. L’intérieur est couvert de fresques, l’abside d’Andrea Commodi.

Visiter le site : rien à payer, presque rien à voir

Personne n’encaisse d’entrée : il n’y a pas de site archéologique ouvert. Le palais est passé en 1704 aux Rospigliosi Pallavicini, qui en gardent encore une moitié. Le grand mur qui longe la via XXIV Maggio cache le jardin suspendu et le Casino de l’Aurore. Le mur est tout ce qui se voit depuis la rue.

Deux détours complètent la visite. Le premier est la place du Quirinal, ses colosses et son obélisque. Le second est le Casino de l’Aurore, au 43 via XXIV Maggio, ouvert le premier jour de chaque mois, sauf le 1er janvier, de 10 h à 12 h et de 15 h à 17 h (turismoroma.it) : on y voit l’Aurore de Guido Reni, pas les thermes. Des visites privées se réservent tous les jours, avec quinze à dix-huit jours de préavis. Pour une ouverture exceptionnelle, le 060608, centre d’information de la ville, renseigne et prend les réservations (sovraintendenzaroma.it).

Y aller

Le quartier se traverse à pied. Depuis la station Barberini, sur la ligne A, on descend la via delle Quattro Fontane puis la via del Quirinale jusqu’à la place. Depuis Cavour, sur la ligne B, on remonte la via Nazionale jusqu’au largo Magnanapoli, puis on prend la via XXIV Maggio. Plusieurs lignes de bus suivent la via Nazionale.

Comptez dix minutes d’un bout à l’autre, et gardez San Vitale pour la fin de journée : la nef basse est fraîche, et le bruit de la via Nazionale s’arrête à la porte. Si vous enchaînez, le centre historique se parcourt à pied : les rues piétonnes du centre de Rome prennent le relais après la via Nazionale.

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