La Place de la Colonne à Rome

La colonne de Marc-Aurèle au centre de la piazza Colonna, son fût couvert de reliefs en spirale, sa statue de bronze au sommet et le palais Chigi en arrière-plan
Photo : Marco Assini, licence CC BY-SA 2.0 (Wikimedia Commons)

Une colonne de 29,6 mètres, un palais du gouvernement, un passage couvert des années 1920 et une fontaine du XVIe siècle : la piazza Colonna empile quatre siècles sur quelques dizaines de mètres. Elle occupe le rione Colonna, entre la place du Peuple et la place Venise, et la via del Corso la borde. On la traverse sans lever les yeux, entre deux vitrines. C’est pourtant l’un des rares endroits de Rome où un monument antique est resté là où les Romains l’avaient planté. Elle compte parmi les places de la ville où l’État italien tient ses quartiers.

Une colonne de cent pieds romains élevée entre 176 et 192

Le fût mesure 29,617 mètres, cent pieds romains exactement. Avec un piédestal d’une douzaine de mètres, le monument dépasse quarante mètres. Sa construction s’étale entre 176 et 192, à cheval sur la fin du règne de Marc Aurèle, mort en 180, et sur celui de son fils Commode ; la colonne célèbre les victoires de l’empereur sur les Marcomans et les Sarmates, au nord du Danube.

Le fût est fait de blocs de marbre de Carrare superposés, deux douzaines au total, évidés d’un escalier de 200 marches. Une statue de bronze de Marc Aurèle le couronnait ; elle a disparu au Moyen Âge. En 1589, Sixte V confie la restauration à Domenico Fontana, qui hisse un saint Paul de bronze, toujours en place. Le pape fait aussi remployer les marbres du Septizodium démoli et graver une dédicace attribuant la colonne à Antonin le Pieux. L’erreur est restée, en latin, sur la face principale.

La spirale de marbre déroule les guerres du Danube

Vingt fois, une bande d’un mètre de haut s’enroule autour du fût : files de soldats, sièges, captifs, et l’empereur haranguant ses troupes. Le relief est plus dur que celui de la colonne Trajane : le trépan creuse les barbes et les cuirasses, les visages perdent la finesse trajanienne. Taillé pour être lu de loin et d’en bas, il reste frontal.

Une scène est célèbre entre toutes, la pluie miraculeuse : Jupiter verse l’orage sur la XIIe légion, assoiffée et encerclée par les Quades. Dion Cassius raconte l’épisode. À une douzaine de mètres du sol, les enroulements se devinent à l’œil nu ; une paire de jumelles rend les casques et les enseignes lisibles.

Le palais Chigi abrite le Conseil des ministres depuis 1961

Le côté nord appartient au palais Chigi, élevé à partir de 1578 pour la famille Aldobrandini, celle du futur Clément VIII, par Giacomo della Porta puis Carlo Maderno. Les Chigi l’achètent en 1659, le gardent jusqu’en 1916 et y logent l’ambassade d’Autriche-Hongrie. Il accueille la présidence du Conseil des ministres depuis 1961, transférée du palais du Viminal : le Conseil s’y réunit, le président y a son bureau.

On n’entre pas. Un portail gardé, les drapeaux italien et européen : le bâtiment se regarde depuis la place. En juillet 1787, Goethe s’y attardait le soir et retenait, dans son Voyage en Italie, le palais éclairé par la lune et le piédestal blanc de la colonne contre le ciel.

Le palais Wedekind et ses colonnes ioniques venues de Véies

Sur le côté ouest, le palais Wedekind aligne un portique de colonnes ioniques prélevées dans l’ancienne cité étrusque de Véies. Le montage date de 1838, sous Grégoire XVI, pour loger le vicariat de Rome. Le palais a ensuite abrité le quotidien Il Tempo, avant de passer à l’INPS, la sécurité sociale italienne. Le contraste avec le palais Chigi, à quelques mètres, résume la place : décor antique remonté au XIXe siècle, journal recyclé en bureaux. Le temple que Commode consacra à son père s’élevait à cet endroit.

La fontaine de Giacomo della Porta, bassin de marbre de Chio

À quelques mètres du fût se dresse une fontaine dessinée par Giacomo della Porta pour Grégoire XIII, alimentée par l’Aqua Virgo. Le bassin est taillé dans du marbre de Chio, rythmé de seize bandes de marbre de Carrare. Les dauphins et le petit bassin central sont plus tardifs, sculptés par Achille Stocchi lors d’une restauration de la première moitié du XIXe siècle. L’ensemble est modeste, noyé dans le bruit de la circulation : une pièce de la Rome pontificale restée à sa place.

La Galleria Alberto Sordi, passage couvert ouvert en 1922

Le côté est, sur la via del Corso, est occupé par la Galleria Colonna, devenue Galleria Alberto Sordi en 2003, l’année de la mort de l’acteur. Le projet remonte à 1872, quand l’installation de la Chambre des députés à Montecitorio impose d’agrandir la place ; il n’est approuvé qu’en 1911, et l’inauguration a lieu le 20 octobre 1922. L’architecte Dario Carbone signe un passage couvert à verrière, mosaïques au sol et façades chargées de stucs.

Fermée dans les années 1980 et 1990, la galerie a été restaurée puis rouverte. On y entre par la place ou par le Corso ; la librairie Feltrinelli, des boutiques et des cafés occupent les lieux.

Un carrefour entre le Corso et le palais Montecitorio

Trois voies s’y croisent, la via del Corso, la via di Pietra et les rues qui mènent vers Montecitorio, et l’on coupe la place en diagonale sans y penser. Pour la suite, laissez-la derrière vous et descendez vers le Panthéon par les rues piétonnes autour de la via del Corso, où l’on flâne sans se soucier du trafic ; la place Navone suit, à quelques minutes.

Le palais Montecitorio, siège de la Chambre des députés, se trouve juste derrière : la visite tient en une heure.

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