Les places de Rome : Campidoglio et Navona

La piazza del Campidoglio de nuit, le palais sénatorial éclairé au fond, la statue équestre de Marc Aurèle au centre et le pavement en étoile au premier plan
Photo : Joanne Clifford, licence CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

À Rome, la place sert de salon. On y entre sans frapper, on y lit le journal debout contre une fontaine. Les Romains y fixent leurs rendez-vous, y boivent leur café et y restent plus longtemps que prévu. Chaque quartier a la sienne. Les six places qui suivent donnent le ton de la ville : celle que Michel-Ange a dessinée, deux décors baroques, deux carrefours monumentaux et un marché qui sent le basilic.

Le Campidoglio, la place dessinée par Michel-Ange

Au sommet de la colline du Capitole, la piazza del Campidoglio occupe l’emplacement du sanctuaire de la Rome antique. Paul III en confie le réaménagement à Michel-Ange au XVIe siècle. Le trapèze et les trois palais qui se font face datent de ce chantier ; le pavement en étoile a été posé en 1940 d’après un dessin de Michel-Ange. Le palais sénatorial, au fond, abrite l’hôtel de ville de Rome. Le palais des Conservateurs et le palais Neuf, sur les côtés, tiennent les musées du Capitole.

Au centre trône la statue équestre de Marc Aurèle. L’original en bronze a été mis à l’abri dans les musées du Capitole, une copie le remplace sur le pavé. On accède à la place par la Cordonata, une rampe en pente douce bordée des statues de Castor et Pollux. Sous la place, le Tabularium, les archives de la Rome antique, se voit depuis le Forum.

La piazza Navona et la piazza di Spagna, deux décors baroques

La piazza Navona garde la forme du stade de Domitien, construit en 86 pour les jeux athlétiques : un rectangle long, courbe au nord, cerné de façades. Au centre, la fontaine des Quatre Fleuves, sculptée par le Bernin entre 1648 et 1651, porte un obélisque égyptien. Quatre statues assises représentent le Danube, le Gange, le Nil et le Rio de la Plata. Aux extrémités, la fontaine du Maure et celle de Neptune ferment la perspective, et l’église Sant’Agnese in Agone, commencée par Carlo Rainaldi puis reprise par Borromini, dresse sa façade concave sur le côté ouest.

Sous le dallage, le stade subsiste en partie. Les vestiges du stade de Domitien se visitent avec un guide, comme beaucoup de sous-sols du centre : c’est le principe d’une visite de Rome underground.

Le nom de la piazza di Spagna vient du palais d’Espagne, l’ambassade auprès du Saint-Siège qui borde la place. Au pied de l’escalier, la fontaine de la Barcaccia, taillée en forme de barque par Pietro Bernini en 1629 pour Urbain VIII, est posée en creux dans le pavé. L’escalier de la Trinité-des-Monts, dessiné par Francesco De Sanctis et construit entre 1723 et 1726, compte 138 marches sur trois niveaux. En haut, l’obélisque du Pincio a été dressé devant l’église en 1789. Au numéro 26, John Keats est mort en 1821 ; sa maison est devenue un musée. Notre guide de la place d’Espagne raconte cet escalier et les bons moments pour le monter.

De la piazza Venezia à la piazza del Popolo, deux carrefours monumentaux

À l’autre bout de la via del Corso, la piazza Venezia forme un carrefour où convergent quatre grandes avenues et un flot de bus. Le monument à Victor-Emmanuel II, dit Vittoriano, l’écrase de son marbre blanc. Giuseppe Sacconi l’a dessiné à la fin du XIXe siècle. La statue équestre du premier roi d’Italie occupe le centre, la tombe du Soldat inconnu veille sous l’autel de la Patrie. Face au monument, le palais de Venise, bâti au XVe siècle par Paul II, a donné son nom à la place. On la traverse vite.

La piazza del Popolo, au nord, a été redessinée par Giuseppe Valadier entre 1811 et 1823. Le résultat est une ellipse régulière, fermée de murs en demi-cercle et reliée au Pincio par une rampe. Au centre, l’obélisque Flaminien, haut de 26,90 m, vient d’Héliopolis : Auguste l’a fait venir à Rome en 10 avant J.-C. pour le Circus Maximus, et Sixte Quint l’a fait redresser ici en 1589. Les églises jumelles de Santa Maria dei Miracoli et Santa Maria in Montesanto, commencées par Carlo Rainaldi et achevées par le Bernin, encadrent le départ du Trident : via del Corso au centre, via del Babuino et via di Ripetta sur les côtés. La porte du Peuple, réaménagée par le Bernin en 1655 pour l’arrivée de Christine de Suède, marque l’entrée nord de la ville.

Le Campo de’ Fiori, marché le matin, tables le soir

Le Campo de’ Fiori n’a ni fontaine monumentale ni église qui le borde. Du lundi au samedi, les étals de fruits, de légumes et de poisson occupent le centre. Les Romains y font leurs courses tôt, dans le bruit des cageots. La statue de Giordano Bruno se dresse au milieu du marché : le dominicain y a été brûlé vif le 17 février 1600. L’après-midi, les parasols se replient, les balais sortent. Le soir, les bars prennent le relais, les tables débordent sur le pavé et le quartier reste animé jusqu’à tard.

Les marchés ouvrent le matin, les terrasses prennent le soir

Le matin reste le meilleur moment. La piazza Navona se découvre avant l’ouverture des terrasses, quand les fontaines ne sont pas encore cernées de chaises. Le marché du Campo de’ Fiori, lui, ferme le dimanche. En décembre, la piazza Navona accueille son marché de Noël, avec ses étals de crèches et de sucreries autour de la fontaine des Quatre Fleuves.

L’été, les places vivent le soir : apéritif au Campo de’ Fiori, glace sur la piazza di Spagna, promenade sur la piazza del Popolo. Les places sont gratuites et ouvertes en permanence ; les églises et les musées, eux, ferment.

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