Galerie Doria Pamphilj : la collection privée du palais du Corso
La galerie Doria Pamphilj n’est pas un musée comme les autres. Installée au premier étage du palais Doria Pamphilj, sur le Corso, elle expose une collection privée restée dans son cadre d’origine, dans un palais toujours habité par la famille : tableaux du sol au plafond, sans cartels. Au détour d’une porte, le Portrait d’Innocent X de Velázquez et trois toiles du jeune Caravage comptent parmi les grands chefs-d’œuvre de Rome. Ne confondez pas : la galerie se visite au 305 du Corso, tandis que la Villa Doria Pamphilj, le vaste parc de Monteverde que la famille possédait jusqu’en 1971, se promène à l’ouest de la ville.
Un palais-musée resté dans la famille
L’histoire commence au début du XVIe siècle avec le cardinal Fazio Santoro, avant le passage aux Aldobrandini. Le tournant a lieu en 1647, quand Olimpia Aldobrandini, veuve d’un Borghese, épouse le prince Camillo Pamphilj, neveu du pape Innocent X, et apporte le palais dans la famille. Camillo agrandit la demeure, la façade sur le Corso est signée par l’architecte Gabriele Valvassori, et en 1671 le mariage d’Anna Pamphilj avec un Doria de Gênes donne son nom à la lignée. Protégées depuis 1651 par un fidéicommis voulu par Innocent X qui interdit leur dispersion, les collections sont arrivées intactes jusqu’à nous. Les descendants de la princesse Orietta Pogson Doria Pamphilj, qui ouvrit la galerie au public au XXe siècle, occupent encore une partie des lieux.
Les toiles suivent l’accrochage du XVIIIe siècle, celui d’un manuscrit de 1767 conservé dans les archives familiales et remis en place dans les années 1990 : plusieurs niveaux de tableaux serrés, des cadres dorés portant le nom de l’artiste à la place des cartels. Le résultat : une demeure princière où l’on vit entouré de peintures.
La salle des Glaces et les salons d’apparat
Le parcours commence par les salons de réception, de la salle des Vélours et ses bustes d’Algardi au salon Poussin et ses paysages romains. Le morceau de bravoure reste la galerie des Glaces, conçue vers 1730 par Valvassori : des miroirs vénitiens aux cadres dorés alternent avec des statues antiques, sous une voûte fresquée par Aureliano Milani entre 1731 et 1734 sur le thème des Travaux d’Hercule. Les quatre ailes donnant sur la cour Renaissance abritent l’essentiel des chefs-d’œuvre, avec le salon Aldobrandini où se remarquent la Salomé du Titien, le Double portrait de Raphaël et l’Endymion endormi du Guerchin.
Le cabinet de Velázquez et le buste du Bernin
La pièce la plus célèbre est un petit cabinet à l’extrémité d’une des ailes. Il ne contient que deux œuvres en vis-à-vis : le Portrait d’Innocent X peint par Velázquez vers 1650 et l’un des bustes du même pape sculptés par le Bernin. Le peintre de la cour espagnole était venu à Rome pour le jubilé de 1650 ; il fixe le pape Pamphilj sans flatterie, avec une acuité telle que la tradition rapporte la réaction du souverain pontife : « trop vrai ». Le contraste avec le buste du Bernin, qui idéalise le pape en homme d’État héroïque, dit tout l’écart entre la vérité d’un regard et la rhétorique officielle : avec la galerie Borghèse, c’est l’un des rares endroits de Rome où deux géants du XVIIe siècle se répondent ainsi.
Les trois Caravage
Dans une des petites salles donnant sur le Corso, deux toiles du jeune Caravage se font pendant : le Repos pendant la fuite en Égypte et la Madeleine pénitente, peintes vers 1597. Dans le Repos, un ange musicien joue du violon pendant que Joseph tient la partition et que Marie berce l’Enfant. La Madeleine est une jeune femme du peuple, tête penchée, larme au bord de l’œil, bijoux jetés à terre : aucune auréole, seulement la lumière qui modèle le visage. Un troisième tableau, le Saint Jean-Baptiste, complète l’ensemble dans la même salle. Cette douceur des débuts surprend qui ne connaît du Caravage que les clairs-obscurs violents.
Flandre, Bologne et paysages : une collection européenne
Pieter Bruegel l’Ancien montre sa Vue de la baie de Naples, exécutée en Italie et considérée comme l’une des premières marines de la peinture européenne. Les lunettes Aldobrandini d’Annibale Carracci et de ses élèves ouvrent la voie aux toiles de Claude Lorrain, dont une Vue de Delphes ; le Guerchin revient avec Erminia et Tancrède, et la salle verte rassemble les primitifs, de Memling à Filippo Lippi. Compter les noms ferait oublier l’essentiel : chaque salle se contemple comme un ensemble, et cette accumulation princière, à l’opposé des accrochages modernes épurés, fait tout le charme du lieu.
Informations pratiques
La galerie se trouve au 305 du Corso, à quelques pas de la place de Venise. Le musée occupe le premier étage du palais, sans ascenseur ni vestiaire : seuls les petits sacs sont admis. La station de métro la plus proche est Barberini (ligne A) ; depuis la gare Termini, le bus 64 s’arrête à la place de Venise, à une centaine de mètres de l’entrée.
Horaires : ouvert le lundi, le mardi et le jeudi de 9 h à 19 h (dernière entrée à 18 h), du vendredi au dimanche de 10 h à 20 h (dernière entrée à 19 h). Fermé chaque mercredi, ainsi que le 1er janvier, le jour de Pâques et le 25 décembre. La réservation en ligne est fortement conseillée, par créneaux de trente minutes ; sans réservation, l’accès n’est pas garanti. Le billet coûte 16 € à la billetterie, 17 € en ligne, et reste gratuit pour les moins de 12 ans (frais en ligne de 1 €). L’audioguide, disponible en italien, anglais, français et espagnol, est compris dans le prix. Comptez environ une heure et demie pour tout voir.
La galerie Doria Pamphilj est une parenthèse aristocratique au cœur du Corso, l’une des dernières collections princières visibles dans le palais où elle vit encore. Choisissez le matin, de préférence un lundi ou un jeudi, et gardez un moment pour le palais Pamphilj de la place Navone, qui abrite l’ambassade du Brésil : notre guide de la place Navone vous y conduira.
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