Temple d'Esculape à Rome : l'île Tibérine et le lac de la Villa Borghèse
Le temple d’Esculape à Rome désigne deux monuments que vingt siècles séparent. Le premier est le sanctuaire antique élevé sur l’île Tibérine à la fin du IIIe siècle av. J.-C., né de l’épidémie de 293 av. J.-C. et de l’arrivée du serpent sacré venu d’Épidaure. Le second est un petit temple néoclassique, le Tempio di Esculapio, construit entre 1785 et 1792 sur un îlot du lac de la Villa Borghèse.
Un nom pour deux monuments distincts
Les deux édifices ne partagent ni lieu, ni époque, ni fonction. Le temple antique, l’Aedes Aesculapii in Insula, occupait l’île Tibérine et était le seul sanctuaire de Rome dédié à Esculape. Le tempietto du lac est une fabrique de jardin, une ruine décorative du XVIIIe siècle, sur l’autre bord du Tibre.
Le sanctuaire antique et le serpent d’Épidaure
Depuis 293 av. J.-C., Rome subissait une épidémie tenace. Après consultation des Livres sibyllins en 292, le Sénat envoya une ambassade à Épidaure interroger l’oracle d’Asclépios, conduite par Quintus Ogulnius Gallus. Un serpent sortit du temple et se blottit dans la trirème romaine. Selon Valère Maxime, il quitta le navire près de l’île et gagna la berge, où le temple fut bâti. Les travaux commencèrent peu après 291 av. J.-C. et l’édifice fut consacré un 1er janvier, peut-être dès 289 av. J.-C.
Le sanctuaire devint le principal lieu de culte d’Esculape. Les malades y pratiquaient l’incubatio, dormant sous les portiques en attendant un rêve guérisseur. Culte étranger, il se trouvait hors du pomœrium, la limite sacrée de la ville, ce qui permit au Sénat d’y recevoir des ambassades, comme celle de Persée de Macédoine en 170 av. J.-C. Suétone rapporte que Claude affranchit les esclaves abandonnés sur l’île par leurs maîtres.
L’île Tibérine, seul héritage visible
Aucun vestige du temple n’est identifié avec certitude. Plusieurs colonnes de la nef de la basilique San Bartolomeo all’Isola pourraient provenir du sanctuaire, et le puits médiéval adossé à l’autel correspondrait à sa source. La basilique occupe la pointe sud de l’île ; fondée à la fin du Xe siècle par l’empereur Otton III, elle a reçu sa façade baroque après l’inondation de 1557.
L’héritage le plus visible est la forme de l’île : longue de 270 mètres sur 67, elle est aménagée en navire, avec proue, poupe et mât. À la pointe sud-ouest, des blocs de travertin dessinent l’étrave d’une trière, gravée d’un bâton autour duquel s’enroule un serpent. La vocation hospitalière ne s’est jamais interrompue : l’hôpital Fatebenefratelli, fondé en 1585 par les frères de Saint-Jean-de-Dieu, occupe toujours les lieux et abrita des Juifs romains en 1943 sous le fameux syndrome K.
Deux ponts relient l’île à la terre ferme : le pont Fabricius, construit en 62 av. J.-C., le plus ancien pont de Rome encore debout, et le pont Cestius, remanié à la fin du XIXe siècle, qui mène au Trastevere.
Le tempietto néoclassique du lac, 1785-1792
Dans la Villa Borghèse, le Tempio di Esculapio se dresse sur un îlot artificiel au milieu du laghetto. Le projet naît dans les années 1780, quand le prince Marcantonio IV Borghèse transforme son parc en jardin à l’anglaise. Le temple est réalisé entre 1785 et 1792 par les architectes Antonio et Mario Asprucci, père et fils, avec le peintre Cristoforo Unterperger. Prévu comme un simple décor pour une statue d’Esculape retrouvée dans les ruines du mausolée d’Auguste, il devient un vrai temple isolé sur son île.
L’édifice, de style ionique, est prostyle : quatre colonnes devant la cella, une inscription grecque à Esculape Sauveur, un fronton triangulaire orné d’un bas-relief en stuc figurant l’arrivée du dieu à Rome, et, derrière le portique, la niche de la statue d’Esculape. L’îlot n’est pas ouvert au public : une passerelle de bois fermée par un portail le relie à la berge, et on l’admire depuis les rives ou depuis une barque.
Autour de l’eau, la promenade compte parmi les plus agréables du parc : la rive plantée de saules et la fontaine des Chevaux marins sculptée par Vincenzo Pacetti en 1791. On loue une barque sur place, sans réservation, à l’embarcadère du viale dell’Aranciera.
Comment y aller
Pour la Villa Borghèse, les stations les plus pratiques sont Spagna ou Flaminio, sur la ligne A du métro, puis dix minutes de marche par le Pincio ou par le piazzale Flaminio. Des bus desservent le parc. Le lac occupe le centre du jardin, qu’un sentier contourne ; le parc est ouvert tous les jours, de l’aube au coucher du soleil. Attention : la ligne B et la station Circo Massimo, souvent citées pour la Villa Borghèse, ne desservent pas le parc ; elles sont en revanche le bon accès pour l’île.
Pour l’île Tibérine, depuis Circo Massimo, sur la ligne B, comptez un quart d’heure à pied ; le tramway 8 s’en approche. Le plus simple reste la marche : depuis le Ghetto et la via del Portico d’Ottavia, le pont Fabricius mène directement sur l’île, et depuis Trastevere on arrive par le pont Cestius. L’accès est libre et gratuit.
Quoi faire autour
Autour du lac, la journée se remplit sans effort : la galerie Borghèse et ses marbres du Bernin, dans le même parc (les musées de la Villa Borghèse), les jardins de la Villa Borghèse et la piazza di Siena, la terrasse du Pincio et sa vue sur la place du Peuple.
Autour de l’île, on prolonge par le Trastevere, à deux pas par le pont Cestius, pour y dormir ou y dîner, par le Ghetto et son portique d’Octavie, puis par le Circus Maximus. Le temple antique, lui, se cache sous la basilique : notre découverte de la Rome souterraine en donne la carte.
En images
Photos