La Carbonara, trattoria romaine depuis 1906

Assiette de spaghetti alla carbonara avec guanciale doré, pecorino râpé et poivre noir, servie dans un restaurant (photo d'illustration)
Photo : Tamorlan, licence CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

La via Panisperna grimpe depuis le largo Magnanapoli, longe le mur de la Villa Aldobrandini, puis s’aplatit vers Sainte-Marie-Majeure. Au 214, la devanture ne paie pas de mine et le nom, lui, ne s’oublie pas : La Carbonara. La maison a ouvert en 1906 et sert toujours la cuisine de trattoria qui l’a fait connaître, dans une salle qui parle fort. Deux détails décident de la soirée : l’heure à laquelle on se présente et la réservation. Un troisième surprend : la carte n’existe pas vraiment.

Une maison de 1906 tenue par la famille Rossi

Le site officiel situe l’ouverture en 1906, sur la pente de la via Panisperna. Cent vingt ans plus tard, la maison reste familiale. Teresa Rossi tient les fourneaux, son mari Giuseppe est en salle, leurs enfants Rosy et Andrea ont grandi entre les tables. Le site parle d’une trattoria bandiera, un drapeau du rione Monti, où se croisent les jeunes du quartier et quelques célébrités venues sans se faire remarquer.

En 2015, RomaToday brossait le même portrait, avec les chiffres en plus : une mère ciociara de 72 ans, cinquante ans de métier, vingt ans à la tête de la maison, et trois enfants qui se relaient en salle comme en cuisine. Le surnom de Teresa n’a pas bougé depuis : la Marescialla, celle qui donne le tempo et vérifie chaque produit qui entre.

Le nom vient du charbonnier d’en face

L’enseigne ne célèbre pas le plat. La première propriétaire et cuisinière était l’épouse du charbonnier qui tenait boutique juste en face, au début du siècle dernier. Le nom est resté, et il a pris un double sens quand la carbonara est devenue le plat symbole de Rome. Le cinéma s’en est mêlé : en 2000, Luigi Magni réalise La carbonara, une comédie historique située en 1825 dans une auberge des États de l’Église.

La cuisinière décide le matin, la carte n’est pas écrite

La maison le dit sans détour : le menu est facultatif, c’est la créativité de la cuisinière qui gouverne. Conséquence pour le voyageur : il n’existe pas de carte imprimée consultable à l’avance, et le plat dont vous avez lu la description peut manquer le jour de votre visite. La seule information fiable se demande sur place, à la personne qui vous accueille.

La cuisine suit les saisons et le marché. RomaToday notait en 2015 qu’aucun produit surgelé n’entre dans la maison, que les puntarelle arrivent chaque matin du marché et qu’il n’y a pas d’artichauts hors saison. Le jeudi, les gnocchi sont faits à la main, souvent avec une sauce aux travers de porc. La cuisine envoie aussi les grands classiques : carbonara, bolliti, friture de légumes, abats à l’ancienne, poitrine de veau au four avec ses pommes de terre.

Deux plats reviennent dans toutes les descriptions. D’abord les girasoli, des ravioli en forme de fleur garnis de ricotta et de noix, que la maison présente comme sa réinvention du ravioli. Ensuite les desserts, tous sortis des mains de Teresa : profiteroles et crostate au chocolat ou au citron.

Horaires, dimanche fermé et réservation par téléphone

Les horaires affichés par la maison, relevés en octobre 2026 : déjeuner de 12 h 30 à 14 h 30, dîner de 19 h à 22 h, dimanche fermé. Le service s’arrête à l’heure dite : une arrivée à 21 h 45 laisse peu de temps pour dîner.

La réservation passe par le téléphone, au +39 06 4825 176, ou par le formulaire du site. Elle est vivement conseillée. RomaToday décrivait une file d’attente devant la porte, et Rosy Rossi y racontait les discussions avec des clients qui arrivaient avec deux heures de retard sur leur réservation. Une table réservée à 20 h ne reste pas libre jusqu’à 22 h.

Les groupes passent par un autre circuit. Le site invite les agences touristiques à proposer des déjeuners avec un traitement avantageux et la possibilité d’un buffet à thème. Un repas de groupe se négocie donc à l’avance, jamais à l’arrivée.

Le prix se demande, il ne se lit pas en ligne

Le site officiel, lacarbonara.it, ne publie ni carte ni prix. Une carte à prix fixes n’aurait aucun sens dans une maison où le menu change chaque matin. Aucun budget fiable ne peut donc être annoncé à l’euro près. Le plus simple est de demander le prix du jour au moment de réserver, puis de régler sur place.

L’adresse, elle, ne bouge pas : via Panisperna 214, 00184 Rome, dans le rione Monti. La maison tient aussi un compte Instagram, lacarbonara1906_roma.

La via Panisperna, une rue à remonter à pied

La rue doit son nom à l’église San Lorenzo in Panisperna et au couvent voisin. Elle traverse le rione Monti en montant puis en redescendant, et débouche derrière la basilique Sainte-Marie-Majeure. L’origine du mot reste discutée, entre les barreaux de fer du martyre de saint Laurent et le panis et perna, le pain et le jambon que les clarisses distribuaient aux pauvres le 10 août. Cette dernière version est la plus séduisante, et sans doute la plus fantaisiste.

On la remonte à pied depuis la piazza Venezia, le long du mur de la Villa Aldobrandini, puis l’on file vers les ruelles du quartier Monti.

Pour un autre repas, plus rapide et debout, les adresses de street food du Trastevere prolongent la même logique romaine, avec le trapizzino mangé au comptoir entre deux visites. À La Carbonara, on s’assoit et on reste le temps du repas. Les pâtes y arrivent fermes sous la dent, et c’est voulu : Rosy Rossi voyait dans les réclamations des clients habitués à une cuisson plus longue le signe d’une cuisine honnête.

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