Bocca della Verità à Rome : la bouche de la vérité et Santa Maria in Cosmedin

Le disque de marbre de la Bocca della Verità, visage barbu à la bouche ouverte, adossé au mur du portique de Santa Maria in Cosmedin et posé sur un chapiteau corinthien
Photo : Dietmar Rabich, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Un visage de pierre à la bouche grande ouverte, le nez creusé, la barbe mangée par l’usure : c’est l’une des images les plus connues de Rome. La Bocca della Verità est adossée au mur du portique de la basilique Santa Maria in Cosmedin, sur la piazza du Forum Boarium. La file d’attente y est souvent longue ; l’église qui l’abrite mérite pourtant un détour.

Un disque de marbre aux fonctions oubliées

Le masque mesure 1,75 mètre de diamètre pour une vingtaine de centimètres d’épaisseur et pèse environ 1 300 kilos, précise le site de la basilique. Les yeux, les narines et la bouche sont percés de part en part dans un marbre très usé. La datation le plus souvent retenue est le Ier siècle après J.-C. ; le site de la basilique défend une origine antérieure au IVe siècle avant J.-C., en y reconnaissant le dieu Faunus. L’identification la plus courante reste celle d’Océan, divinité des eaux, car deux pinces de crabe sculptées dans la chevelure trahissent un dieu marin.

Sa fonction d’origine n’est pas tranchée : plaque d’égout de la Cloaca Maxima, mascaron de fontaine, ou tampon du temple d’Hercule Vainqueur, dont l’ouverture circulaire du toit laissait entrer la pluie. Le disque est muré dans le portique depuis 1632, après les restaurations d’Urbain VIII Barberini ; auparavant, il était fixé à l’extérieur du porche.

La bouche qui mord les menteurs

Sa célébrité tient à une légende médiévale, héritée des ordalies : elle mordrait la main de quiconque y glisse les doigts en mentant. Le lien avec le lieu est ancien : dès le XIe siècle, les Mirabilia Urbis Romae évoquent un templum Fauni dont la statue aurait parlé à l’empereur Julien, et le nom Bocca della Verità apparaît en 1485.

Le site de la basilique rapporte même l’histoire de l’épouse infidèle qui, grâce au baiser public d’un amant déguisé en fou, jure sans mentir n’avoir été embrassée que par son mari et par cet homme. Le vrai attrait du lieu tient au frisson de la main engagée dans la pierre.

Vacances romaines, 1953

La notoriété mondiale du disque doit beaucoup à une scène de Vacances romaines, de William Wyler (1953) : Gregory Peck y glisse la main dans la bouche de marbre sous les yeux d’Audrey Hepburn, princesse en fugue, puis retire son poignet en criant, comme s’il avait été mordu. La frayeur de l’actrice est devenue une scène culte.

Sous le portique et dans la basilique

Le disque occupe la paroi gauche d’un narthex à sept arcades en plein cintre, construit par les Cosmati au XIIe siècle, et repose sur un chapiteau corinthien. Le porche conserve aussi le monument funéraire du camerlingue Alfano, des inscriptions lapidaires et des colonnes antiques de remploi.

L’église mérite mieux qu’un selfie : c’est l’un des rares témoins de l’architecture romane de Rome. Née d’une diaconie du VIe siècle, agrandie en 782 par le pape Adrien Ier, reconstruite au XIIe siècle et consacrée le 6 mai 1123, elle est officiée selon le rite grec-melkite ; son nom vient du grec kosmidion, « ornement ». Trois nefs portées par des colonnes antiques, un plafond de bois, un pavement cosmatesque qui mène à la schola cantorum du XIIe siècle, son cierge pascal posé sur un lion de marbre du XIIIe siècle, et le ciborium gothique florentin de Deodato di Cosma, daté de 1294. Des fresques des XIe et XIIe siècles subsistent en hauteur, et la sacristie garde une mosaïque du VIIIe siècle.

La crypte du VIIIe siècle abrite de nombreuses reliques, dont celles des saints Cyrille, Hilaire et Coronat, et un reliquaire où l’on vénère le crâne de saint Valentin, le patron des amoureux. Dehors, le clocher roman à sept étages, haut de 34,20 mètres, conserve une cloche du XIIIe siècle, l’un des plus beaux campaniles de la ville.

Autour de la piazza : Forum Boarium, temples et Cloaca Maxima

La place occupe le cœur du Forum Boarium, le marché aux bestiaux de la Rome antique, adossé au plus ancien port fluvial et à l’ancien Pons Aemilius, aujourd’hui Ponte Rotto. Deux temples ont survécu au Moyen Âge. Le temple d’Hercule Vainqueur, circulaire et entouré de vingt colonnes corinthiennes, passe pour le plus ancien édifice de marbre conservé de Rome ; il devint l’église Santa Maria del Sole. À côté, le temple de Portunus, de style ionique, bâti au IIIe ou IVe siècle avant J.-C. puis reconstruit entre 120 et 80 avant J.-C., est devenu l’église Santa Maria Egiziaca ; il ne s’ouvre pas habituellement au public.

Face au portique, la fontaine des Tritons, achevée en 1715 par Carlo Francesco Bizzaccheri sur des sculptures de Francesco Moratti, rappelle que la piazza parlait elle aussi le langage des visages de pierre : quatre mascarons y crachaient à l’origine leur eau. Vers le Tibre, la Cloaca Maxima laisse voir son arche de sortie près de la via del Velabro et du Ponte Rotto. Juste derrière s’ouvre l’esplanade du Circus Maximus, à quatre cents mètres.

Comment y aller

L’adresse est Piazza della Bocca della Verità 18, dans le rione Ripa. Le plus simple reste le métro, ligne B, station Circo Massimo, à une dizaine de minutes de marche ; les bus 44, 81, 160 et 628 desservent aussi la place. À pied, comptez quelques minutes depuis le Cirque Maxime, un peu moins d’un kilomètre depuis le Forum romain, et une courte traversée depuis le Trastevere par le ponte Palatino.

Horaires, attente et bon moment

L’accès au disque suit les horaires de la basilique. L’office de tourisme de Rome indiquait, lors de notre relevé de septembre 2026, une ouverture tous les jours de 9h30 à 13h00 et de 14h00 à 17h50, avec une fermeture le 1er janvier ; ces horaires peuvent changer, mieux vaut vérifier sur le site de la basilique. L’entrée de l’église est gratuite. Selon le Guide du Routard, consulté en septembre 2026, une contribution est demandée sur place pour la photo, prévoyez donc de la monnaie. La file est fréquente en journée, le meilleur moment reste l’ouverture. Comptez quelques minutes pour le disque, puis vingt à trente minutes pour l’église et sa crypte.

Enchaîner la journée

Commencez par le Circus Maximus, remontez par la piazza, puis gagnez le Forum romain et le Colisée. La page sur la Rome souterraine prolonge la visite, entre Cloaca Maxima et basiliques enterrées. Le Roma Pass aide à cadrer billets et transports, même si la Bocca della Verità reste gratuite. Pour un premier séjour, suivez la trame de la première visite de Rome. Reste la pause : le Trastevere, de l’autre côté du fleuve.

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