Testaccio à Rome : marché, Monte dei Cocci et cuisine romaine
Testaccio est le quartier que les Romains citent quand on leur demande où l’on mange encore comme avant. Né autour des abattoirs et de l’antique port fluvial, il a gardé ses halles, ses trattorias et sa colline de tessons d’amphores. Le Monte dei Cocci, la pyramide de Cestius et l’ex-Mattatoio justifient à eux seuls la sortie du centre historique.
Le Monte dei Cocci, une colline de 53 millions d’amphores
C’est le monument le plus improbable de Rome : une colline artificielle de trente-six mètres, composée presque uniquement de débris d’amphores, appelée Monte dei Cocci, le mont des tessons, ou Monte Testaccio. Elle se dresse entre le Tibre et le mur d’Aurélien, à l’emplacement du port fluvial de l’Emporium et de ses entrepôts.
Les amphores arrivaient chargées d’huile d’olive, surtout de Bétique, l’Andalousie actuelle. Vidées, leurs parois imprégnées interdisaient toute réutilisation : on les brisait et on empilait les tessons en couches horizontales, saupoudrées de chaux contre les odeurs. L’accumulation a duré près de trois siècles, du règne d’Auguste jusque vers 255. Les chiffres généralement admis donnent une base de deux hectares, un volume proche de 580 000 mètres cubes et le reste d’environ 53 millions d’amphores.
On ne gravit pas la colline, qui est clôturée, mais elle se lit très bien depuis la via Galvani et la via di Monte Testaccio, où les tessons affleurent. Au pied, des caves creusées dans les débris ont longtemps servi à entreposer le vin, et abritent aujourd’hui plusieurs tables. Le rione, le vingtième de Rome depuis 1921, tire son nom de cette colline.
Le Mercato di Testaccio, le garde-manger du quartiere
Le marché couvert réunit une centaine de bancs : poissonnerie, boucherie, primeurs, fromages et comptoirs de cuisine prête, dans une halle moderne dont on entre par la via Beniamino Franklin, la via Alessandro Volta, la via Aldo Manuzio ou la via Lorenzo Ghiberti, adresse administrative du marché.
Les horaires officiels sont du lundi au samedi, de 7 heures à 15 h 30, et le marché reste fermé le dimanche. Depuis mars 2026, il prolonge l’ouverture le vendredi jusqu’à 22 heures pour la spesa serale, la course du soir, sans animation musicale afin de ne pas gêner les riverains. Le matin reste le meilleur moment : les étals sont complets.
Le Mattatoio, des abattoirs au pôle culturel
Le quartier doit sa physionomie à l’abattoir municipal, conçu par l’architecte Gioacchino Ersoch sur un projet de 1888 et resté en activité jusqu’en 1975. L’ensemble couvre 25 000 mètres carrés et aligne ses pavillons de brique autour de la piazza Orazio Giustiniani et de la via Beniamino Franklin.
Depuis 2018, l’Azienda Speciale Palaexpo en assure la gestion culturelle sous le nom de Mattatoio, anciennement MACRO Testaccio. La Pelanda et les pavillons 9a et 9b accueillent expositions et festivals, aux côtés de locaux de la faculté d’architecture de Roma Tre. Les espaces d’exposition ouvrent du mardi au dimanche de 11 heures à 20 heures, et ferment le lundi. Un peu plus loin, la Città dell’Altra Economia, inaugurée en 2007, prolonge cette reconversion avec ses marchés bio.
La cuisine du quinto quarto
Testaccio mange ce que les abattoirs donnaient à leurs ouvriers. Une partie du salaire était versée en nature, sous forme de quinto quarto, le cinquième quartier, autrement dit les abats et les bas morceaux. De cette économie de nécessité sont nés les plats les plus identitaires de Rome : la coda alla vaccinara, queue de bœuf mijotée, la pajata servie avec des rigatoni, les animelle, la coratella et la trippa alla romana.
Ces recettes se sont diffusées dans toute la ville, mais c’est ici qu’elles gardent leur sens. Le guide des spécialités culinaires romaines les replace dans l’ensemble de la table romaine, et une page recense les meilleures adresses de pâtes à Rome.
Où manger dans le quartier
Quelques maisons historiques structurent la sortie. Checchino dal 1887, via di Monte Testaccio 30, installé dans une cave creusée au pied de la colline, perpétue depuis six générations la cuisine du quinto quarto. Felice a Testaccio, via Mastro Giorgio 29, ouvert en 1936, s’est rendu célèbre pour ses tonnarelli cacio e pepe mélangés devant la table. Le Trapizzino de la via Giovanni Branca 88 est le berceau de cette tranche de pizza blanche fourrée à emporter, autour de 5,50 euros. Pour cuisiner vous-même, la salumeria Volpetti, via Marmorata 47, travaille depuis 1973 salaisons et fromages.
Pyramide de Cestius, porta San Paolo et cimetière acattolico
La lisière nord du quartier aligne trois monuments souvent visités au pas de course. La pyramide de Cestius d’abord : ce tombeau de marbre blanc haut de 36,4 mètres fut construit entre 18 et 12 avant J.-C. pour Caius Cestius, en 330 jours selon l’inscription du monument. Intégrée au IIIe siècle au mur d’Aurélien, elle passait au Moyen Âge pour le tombeau de Rémus.
Juste à côté, la porta San Paolo, l’ancienne porta Ostiensis, est l’une des portes les mieux conservées de l’enceinte, percée sous Maxence puis dotée de deux entrées sous Honorius vers 401-403. Enfin, le cimetière acattolico, dit cimetière protestant, occupe depuis 1716 une pelouse derrière la pyramide, via Caio Cestio 6. Y reposent John Keats, Percy Bysshe Shelley, Antonio Gramsci, Carlo Emilio Gadda et Andrea Camilleri. Il ouvre du lundi au samedi de 9 heures à 17 heures, dernier accès à 16 h 30, et une partie du dimanche.
Comment y aller et quand venir
Le métro est le plus simple : la ligne B dessert la station Piramide, sur le piazzale dei Partigiani, à la lisière nord du quartier, à une station du Circus Maximus. Le tram 3, qui relie la Villa Borghese à la gare de Trastevere, marque l’arrêt à la porta San Paolo puis sur la via Marmorata. À pied, comptez une quinzaine de minutes depuis le Circus Maximus par le viale Aventino, et un peu plus depuis le quartier Trastevere.
Le soir, la via di Monte Testaccio concentre les osterias et les lieux de nuit les plus fréquentés de la rive gauche. Les trattorias du quartier affichent souvent complet : réservez. Ceux qui logent dans le centre trouveront des repères dans le guide des incontournables de Monti.
Que combiner dans la même journée
La journée idéale commence au marché avant 13 heures, se poursuit par le Monte dei Cocci et un déjeuner de quinto quarto. L’après-midi se partage entre la pyramide, la porta San Paolo et le cimetière acattolico, avant de gagner à pied la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs par la via Ostiense. Au retour, on remonte par le jardin des Orangers et l’Aventin pour la vue sur la ville.
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