Basilique Saint-Clément à Rome : trois villes superposées

La façade de la basilique Saint-Clément à Rome vue depuis son atrium, avec son portique à colonnes antiques, sa fontaine centrale et le campanile sur la gauche
Photo : NateBergin, licence CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

À cinq minutes à pied du Colisée, la basilique Saint-Clément, San Clemente en italien, cache sous sa nef deux églises entières et un quartier romain du Ier siècle. On y entre par la Piazza San Clemente, dans le rione Monti, et l’on descend de niveau en niveau comme on tourne les pages d’un livre d’histoire.

Une église discrète au pied du Celio

Le site officiel donne pour adresse la Via Labicana 95, 00184 Roma, celle du couvent et du Collegio San Clemente. Les visiteurs entrent par la Piazza San Clemente, sur le flanc du Celio, la colline qui fait face au Colisée. L’église est confiée depuis 1677 aux dominicains irlandais, chassés d’Irlande avec leur clergé, qui y résident toujours et l’administrent, et des messes y sont célébrées chaque jour.

Rien dans l’architecture ne laisse deviner ce qui dort dessous. Carlo Fontana a redessiné la façade au début du XVIIIe siècle, sous Clément XI, en réutilisant dans le portique les colonnes antiques de granit de l’édifice précédent. Le campanile et le quadriportique à fontaine datent de la même époque.

Trois niveaux, vingt siècles empilés

Le premier niveau est la basilique actuelle, reconstruite à partir de 1108 sous Pascal II après le sac de 1084 par les troupes normandes de Robert Guiscard. Son abside garde une mosaïque du XIIe siècle, le Triomphe de la Croix : la croix dorée au milieu de rinceaux peuplés d’oiseaux, l’agneau et les brebis alignés plus bas. Sous vos pieds, le pavement cosmatesque assemble de grands motifs de marbres colorés, et le chœur de marbre du VIe siècle provient de l’église précédente. Dans la chapelle Santa Caterina, des fresques de Masolino da Panicale annoncent déjà la Renaissance.

Le deuxième niveau est la basilique paléochrétienne, attestée avant 385, qui a accueilli des conciles au Ve siècle, puis a été remblayée jusqu’aux fenêtres pour servir de fondation à la nouvelle, en gardant ses fresques du VIIIe au XIe siècle. La plus célèbre illustre la légende de Sisinnius, datée entre 1084 et 1100 : le préfet aveuglé croit traîner le pape, et ses hommes tirent en réalité une colonne. Les répliques, en italien vulgaire, comptent parmi les plus anciennes traces de la langue. Tout à côté repose saint Cyrille, évangélisateur des Slaves, mort à Rome en 869.

Le troisième niveau appartient à la Rome impériale. Deux bâtiments du Ier siècle se font face, séparés par une ruelle étroite : un entrepôt et un édifice où fut aménagé au IIe siècle un mithraeum, avec son autel de marbre figurant Mithra égorgeant le taureau. Un ruisseau souterrain coule encore dans ce passage, ces eaux perdues de la Rome antique.

Pourquoi Saint-Clément résume Rome à lui seul

Ailleurs, on visite des ruines isolées ; ici, on traverse la stratification elle-même sans changer d’adresse : un temple de Mithra, une église du IVe siècle, une basilique médiévale, chacune posée sur la précédente.

Jusqu’en 1857, personne ne soupçonnait l’existence des deux niveaux inférieurs. Cette année-là, le père Joseph Mullooly, prieur dominicain irlandais, entreprend de dégager le sous-sol pour retrouver les fondations de l’ancienne basilique. Les fouilles poursuivies par ses successeurs ont rendu au jour les fresques médiévales, le mithraeum et la ruelle antique. Le Colisée et la Domus Aurea voisins racontent d’autres épisodes de cette ville qui recouvre toujours la précédente.

Horaires, tarif et réservation : ce que dit le site officiel

Chiffres relevés en septembre 2026 sur le site officiel. Du lundi au samedi, la basilique et les fouilles accueillent de 9h à 12h30, dernier accès à 12h, puis de 14h à 18h, dernier accès à 17h30. Les dimanches et jours fériés, l’ouverture est continue de 12h à 18h, dernier accès à 17h30. Aucun jour de fermeture hebdomadaire n’est annoncé : la basilique publie un calendrier des variations, et le secrétariat répond du lundi au vendredi de 10h à 16h.

Le billet plein tarif pour la visite des fouilles est de 10 €. Le tarif réduit est de 5 €, pour les étudiants jusqu’à 26 ans avec carte et pour les groupes scolaires. Gratuité pour les moins de 16 ans accompagnés de leurs parents, le billet n’étant délivré qu’avec un plein tarif, ainsi que pour les personnes handicapées et leur accompagnateur. Attention aux blogs qui affichent encore 5 € : le tarif officiel est bien de 10 €.

La réservation en ligne est obligatoire pour descendre dans les fouilles, le nombre d’entrées quotidiennes étant limité, et il faut arriver dix minutes avant l’heure indiquée. L’entrée dans la basilique ne demande pas de réservation. Pour les groupes, la limite est de 25 personnes en plus du guide, et la durée annoncée de la visite des fouilles est de 30 minutes. La basilique ne propose pas de visites guidées : une brochure remise à l’entrée indique le parcours.

Comment y aller et quand venir

Cinq minutes à pied du Colisée : métro ligne B, arrêt Colosseo. Le tram ligne 3 longe la Via Labicana et s’arrête au nom de la basilique. La station San Giovanni, lignes A et C, laisse dix minutes de marche par la Via di San Giovanni in Laterano.

Pour éviter la foule, visez l’ouverture de 9h en semaine, avant les groupes scolaires, ou le créneau de 14h. Le dimanche, l’ouverture tardive à 12h concentre le public.

Ce que ça change pour votre visite

Les règles sont strictes : photographies et vidéos interdites dans l’église comme dans les fouilles, et le personnel peut faire sortir les contrevenants. Bagages et objets encombrants restent dehors, comme la nourriture et les boissons ; il est interdit de fumer. Les fouilles ne sont pas accessibles en fauteuil roulant, en raison de barrières architecturales.

Comptez une heure à une heure et demie, entre la basilique haute et la descente. Emportez une petite laine : l’air y est frais et humide, les escaliers anciens sont irréguliers et les sols glissants par endroits.

Enfin, c’est une paroisse vivante : les messes quotidiennes et la liturgie du dimanche peuvent fermer temporairement certaines parties, et la chapelle Santa Caterina, avec ses fresques de Masolino, n’ouvre qu’en dehors des offices.

Vingt siècles sous une seule nef

Saint-Clément n’est pas une étape de plus entre le Colisée et le Latran, c’est le raccourci le plus saisissant pour comprendre Rome : trois villes superposées, trois époques, un seul billet pour la descente. Réservez votre créneau pour les fouilles, venez tôt le matin, et laissez une heure à cette église. Le site officiel de la basilique publie le calendrier à jour et permet de réserver le créneau des fouilles.

Pour prolonger le thème de la Rome souterraine, comparez avec la Rome des catacombes et la visite des catacombes Saint-Calixte, où l’empilement des galeries raconte une autre histoire de la ville enfouie.

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